La culture, à l'instar des autres domaines d'activités, n'échappe pas au vaste mouvement de mondialisation amorcé dès les années 1960 et qui connaît une brutale accélération depuis une vingtaine d'années. Aussi, assiste-t-on, en France comme ailleurs, à une prise en compte croissante de la dimension internationale dans le domaine culturel et artistique, prise en compte, qui se manifeste de deux manières.
Dans un premier temps, la valorisation des cultures étrangères et l'accueil de leur production artistique semblent se poser en France comme une nouvelle priorité depuis quelques décennies. La création d'une Maison des cultures du Monde en 1982 « afin de répondre à la nécessité d'appliquer le principe de la réciprocité dans les relations culturelles françaises avec le monde » et de « doter la France d'un espace ouvert sur d'autres horizons, d'autres civilisations, en privilégiant la perspective culturelle aux exigences politique » 1 est un parfait témoignage de cette préoccupation nouvelle. Le ministère de la Culture s'est doté d'une Direction des Affaires Internationales qui se voit attribuer une compétence de promotion des cultures étrangères en France. L'Association Française d'Action Artistique, bras armé du Ministère des Affaires Etrangères dans le domaine culturel et artistique a, quant à elle, procédé à un élargissement de ses missions. Ses objectifs ont ainsi fait l'objet d'une réforme en avril 2000, réforme qui marque le passage d'une logique de simple diffusion de l'art français à l'étranger à une logique de coopération. Sa fusion quelques mois auparavant avec l'agence culturelle « Afrique en créations », oeuvrant pour le développement de l'art en Afrique et sa promotion en France, laissait déjà présager ce changement de cap.
A l'inverse, notre pays, qui, par tradition et plus qu'ailleurs, a introduit la dimension culturelle et artistique dans son action de diplomatie 2 , s'attèle depuis longtemps déjà à mettre en place une politique volontariste d'exportation de sa culture et de sa production artistique. Aussi, selon Emmanuel Négrier, « la diplomatie française (est) culturelle avant tout 3 ». Cette préoccupation prend aujourd'hui une ampleur nouvelle dans un contexte de mondialisation et de tendance à l'hégémonie sur tous les plans d'une seule et même superpuissance.
Ces deux aspects (accueillir et rayonner) inscrivent donc la dimension internationale de la culture dans une logique de réciprocité qui amène certains à parler de l' « import-export culturel ».
D'autre part, la culture est devenue, depuis quelques décennies, un nouveau domaine d'intervention des pouvoirs publics. Dans un pays de forte tradition jacobine, la plupart des décisions ont pendant longtemps été prises à l'échelon central. La culture n'échappait pas à cette règle et est devenue, elle aussi, un domaine réservé de l'Etat. Mais cette situation a, depuis les lois de décentralisation de 1982-1983, connu de nombreuses évolutions et l'on peut aujourd'hui parler de coproduction de la politique culturelle entre l'Etat et les collectivités territoriales, et tout particulièrement les villes.
Ce partage des compétences a trouvé une traduction sur le plan financier. En effet, la part des dépenses des collectivités territoriales destinées à l'action culturelle est désormais supérieure à celle de l'Etat et, parmi ces collectivités, ce sont les villes qui consacrent la plus grande partie de leur budget à la culture. Celles-ci se sont ainsi dotées d'une véritable politique culturelle et bien souvent de véritables professionnels de la culture.
Cette politique culturelle menée par les collectivités locales a connu de nombreuses évolutions au rang desquels on compte une prise en considération croissante de la dimension internationale. Cette nouvelle préoccupation génère l'apparition de politiques culturelles internationales dont les villes en sont les principales instigatrices.
Il convient tout d'abord de définir la notion même de « politique culturelle internationale » qui ne doit pas se voir réduite à la seule pratique des relations culturelles extérieures. Ceci supposerait effectivement que seules les villes qui se livrent à des échanges, dans l'acception étroite du terme, c'est-à-dire institués dans le cadre bien établi des jumelages (et de la coopération décentralisée), pourraient voir leur politique culturelle qualifiée d'internationale.
Après analyse, il apparaît que mener une politique culturelle internationale peut revêtir diverses formes et que, finalement, seule une politique qui s'attacherait à prendre en considération l'ensemble de ces modalités d'action et à agir sur des différents fronts pourraient bénéficier de cette appellation. Ainsi une politique culturelle pour être réellement internationale doit s'articuler autour de trois axes complémentaires.
Elle doit veiller à :
S'il ne relève pas du champ de cette étude de se livrer à une analyse des politiques culturelles internationales des villes et des raisons pour lesquelles elles sont menées, quelques repères peuvent néanmoins être nécessaires concernant notamment la notion d'échanges culturels internationaux. Il est, en effet, important de comprendre de quelle manière les relations culturelles internationales sont prises en charge en France par l'échelon décentralisé. En revanche, il n'apparaît pas opportun de s'attarder sur les deux autres formes que peuvent revêtir la politique culturelle internationale (rayonnement et accueil) : seul le constat de la prise en considération croissante de ces deux éléments dans les politiques culturelles, dans un contexte bien spécifique d'internationalisation croissante dans tous les domaines, peut être mentionné.
Au cours de la décennie 1982-1992, la politique de l'Etat a consisté dans un premier temps à autoriser puis, à partir de 1985, à accompagner le développement de ce qu'on appelle la « coopération décentralisée ». Les lois de décentralisation de 1982 marquent, en effet, un tournant incontestable. Bien que l'action à l'étranger des collectivités territoriales n'ait pas été expressément prévue par les textes, à l'exception notable d'un article relatif à la coopération transfrontalière (art. 65 de la loi du 2 mars 1982, abrogé), les réformes de la décentralisation ont joué indirectement un rôle important dans l'essor de ce qui deviendra la coopération décentralisée. Aujourd'hui avec la loi du 3 février 1992 sur l'administration territoriale de la République, on peut désormais parler de relations extérieures des collectivités locales et on assiste ainsi à la naissance de la coopération décentralisée. En effet, tolérée jusqu'à cette loi, cette dernière est désormais dotée d'un cadre légal. Cette procédure permet à une commune de traiter directement avec un pays ou une autre commune étrangère sans l'intermédiaire du Ministère des Affaires étrangères. Il est important pour notre étude de noter que la culture est le parent pauvre de la coopération décentralisée, puisque les projets à caractère culturel et artistique ne représentent que 2 % des projets mis en place dans son cadre.
Il n'en demeure pas moins que les échanges internationaux sont menés dans le champ culturel et artistique, et qu'ils peuvent prendre différentes formes. Nous allons nous référer ici à l'étude de P.Alliès, E.Négrier et F. Roche 4 intitulée Pratique des échanges culturels internationaux qui met en exergue la coexistence de trois profils d'échanges : les jumelages, la coopération transfrontalière et la coopération sui generis. Les jumelages furent pendant longtemps l'unique moyen mis à la disposition des collectivités locales pour intervenir dans le domaine des relations extérieures, chasse gardée de l'Etat central. Il s'avère cependant que le volet culturel y était marginal, voire absent. Aujourd'hui, on assiste à l'élaboration de jumelages « nouvelle génération » dans lesquels la dimension culturelle est encore davantage délaissée au profit de la seule dimension économique.
La coopération transfrontalière constitue le second cadre au sein duquel une collectivité locale peut nouer des échanges avec l'étranger. Mais là encore la place réservée à la culture est infime.
Enfin, certaines actions relèvent de ce qu'on nomme la « coopération sui generis » qui se fondent sur des manifestations ponctuelles telles les biennales, les festivals, les coproductions ou encore les expositions itinérantes. L'étude révèle que ce type de coopération connaît un véritable essor mais, parce qu'elle repose fortement sur le potentiel culturel et artistique local, est pratiquée quasi exclusivement par les grandes villes (85% y ont recours contre 25% pour les villes moyennes).
Mais il faut se garder de limiter l'action culturelle internationale des villes aux seules actions menées dans le cadre de la coopération décentralisée. Celle-ci, loin de constituer le principal champ d'intervention, ne désigne en effet que ce qui est fondé sur l'échange et ne représente en réalité qu'une infime partie des projets culturels et artistiques à vocation internationale qui, pour la plupart, se développent de manière informelle ce dont témoignera l'ensemble de notre étude.
Cette nouvelle préoccupation, voire engouement des politiques culturelles pour l'international peut s'expliquer par un certain nombre d'éléments de natures diverses. Depuis quelques années émergent un certain nombre d'enquêtes, colloques et publications qui toutes mettent en exergue l'étroite corrélation qui existe entre le développement des projets internationaux et l'affirmation des politiques culturelles locales. 5
Guy Saez, pour sa part, explique ce phénomène par la conjonction de trois éléments : d'un côté, dans un contexte de mondialisation, on assiste chez les collectivités territoriales et notamment chez les villes, à une soif de rayonnement international. Acquérir une visibilité sur la scène internationale devient désormais un leitmotiv non seulement pour les grandes villes mais aussi pour celles de dimension plus modeste. Les élus locaux ont bien conscience du rôle que peuvent jouer l'art et la culture pour leur ville en terme de médiatisation et mener une politique culturelle internationale apporte ainsi une grande la valeur ajoutée par rapport à une politique culturelle classique. Aussi, les différentes analyses sont-elles unanimes pour dire que la culture participe pleinement de la politique de communication d'une collectivité et qu'elle est bien souvent perçue comme un outil au service de son image.
Mais le raisonnement ne s'arrête pas là : bénéficier d'une bonne image ne se pose évidemment pas comme une fin en soi mais sert un objectif purement économique. En effet, les élus savent que la richesse et le dynamisme de l'offre culturelle d'une ville constituent un critère important de localisation des entreprises. L'étude déjà évoquée de Michel David, Vincent Dubois et Guy Saez démontre que cette priorité accordée aux objectifs économiques, est revendiquée par les collectivités locales elles-mêmes, surtout du côté des responsables des Relations Internationales, mais aussi de celui de la Culture comme en témoigne le propos d'un adjoint à la Culture selon lequel « On utilise la culture comme support pour favoriser les échanges économiques ». 6 De tels discours témoignent clairement d'une volonté d'instrumentalisation de la culture. Cependant, comme le montre Emmanuel Négrier 7 , les effets attendus varient selon le niveau des collectivités. Si les échanges internationaux constituent une composante à part entière de la stratégie d'image ou de développement économique pour les conseils régionaux et les villes d'une certaine ampleur, les petites et moyennes communes ainsi que les départements les pratiquent dans une optique avant tout socioculturelle.
On peut alors se demander si mettre l'accent sur la dimension internationale n'est pas tout simplement un moyen d'affirmation d'une politique culturelle et ceci d'autant plus pour une ville moyenne comme Grenoble (même si Grenoble appartient encore à la catégorie des grandes villes avec un peu plus de 150 000 habitants).
Avoir pour objet d'étude la ville de Grenoble lorsqu'il s'agit de culture prend une dimension toute particulière compte tenu de la nature privilégiée des liens que cette collectivité a su entretenir avec le monde de l'art et de la culture dans l'Histoire (même si cette Histoire est récente à l'image des politiques culturelles). Si ce qui nous intéresse dans cette étude est bien la manière dont Grenoble intègre aujourd'hui la dimension internationale dans son action culturelle et artistique, il ne semble néanmoins pas superflu de nous livrer à un petit historique de ces relations entre le chef-lieu de l'Isère et le champ artistique et culturel.
Il faut d'emblée indiquer que la ville de Grenoble a joué un rôle de laboratoire dans l'histoire des politiques culturelles locales (ce dont témoigne l'abondance d'ouvrages consacrés à Grenoble et à sa politique culturelle) et que, sous l'impulsion d'un homme, Hubert Dubedout, elle a su mettre en place dans les années 60 et 70 un mode de gestion de la culture qui servira ensuite de modèle à un certain nombre de collectivités et notamment de grandes villes. En effet, la période allant des années 60 à la fin années 80 est marquée par le développement dans les grandes villes françaises de politiques culturelles qui sont toutes, plus ou moins consciemment, influencées par les expériences menées à Grenoble 8 . Même s'il faut se garder d'accorder trop de crédit aux propos dithyrambiques tenus par certains et qui quelquefois s'apparentent davantage à de la promotion locale qu'à un discours réellement empreint de scientificité, les études révèlent cependant que cette collectivité a su faire preuve d'innovation dans sa manière de prendre en charge la culture et qu'elle se pose comme une véritable référence dans ce domaine. Il est d'ailleurs intéressant de remarquer que Grenoble fut choisie pour accueillir en ses murs les « Cinquièmes Rencontres d'Avignon ». Ces « Rencontres » qui s'élèvent au nombre de sept, ont été organisées à l'initiative de Jean Vilar, de 1964 à 1970, et réunissaient artistes, professionnels, élus et chercheurs autour de différentes problématiques relatives aux politiques culturelles. Elles se sont toujours déroulées en Avignon, parallèlement au festival, excepté en 1969, où elles se sont donc tenues à Grenoble. Cette parenthèse, si elle peut de prime abord sembler anecdotique, nous paraît, en réalité, constituer une preuve supplémentaire de l'importance, à l'époque, du rôle joué par cette ville dans le champ culturel.
Le caractère avant-gardiste de son action s'explique par l'existence d'un contexte propice à son éclosion. A la Libération, Grenoble se trouve, en effet, être le carrefour où se rencontrent des personnes de divers horizons (réfugiés juifs, anciens membres de l'Ecole d'Uriage, anciens maquisards) dont la participation à la Résistance constitue le point commun. Rassemblés dans un vaste mouvement associatif coordonné par le célèbre « Peuple et Culture », mouvement représentatif de l'atmosphère bouillonnante caractérisant la Libération, ces différents acteurs manifestent la volonté de se livrer à Grenoble à des expérimentations dans le champ culturel. Ils cherchent en effet, à élaborer des projets d'équipements (autour d'un certain nombre de structures, telles qu'une maison de la culture, un théâtre populaire, des bibliothèques populaires...) et de services culturels conformes aux principes élaborés sous le Front Populaire, et repris sous la Résistance, dont le but est de « transformer la société grenobloise et au delà (...) la société française dans son ensemble». 9
Un tel projet participe d'une philosophie militante de l'action culturelle qui s'inscrit dans la droite lignée du « Manifeste de Peuple et Culture », philosophie que les équipes Dubedout tenteront de respecter et qui, malgré quelques échecs, conféreront à Grenoble son statut de ville-modèle. Cet intérêt marqué pour les cultures populaires et leur valorisation se pose ainsi comme une caractéristique de la politique culturelle grenobloise, soucieuse avant tout de défendre le pluralisme.
L'héritage de ce passé glorieux est aujourd'hui encore très visible à Grenoble, tant du point de vue de l'offre culturelle, foisonnante pour un territoire de taille moyenne (présence d'un Centre Chorégraphique National, d'un Centre Dramatique National, d'une Cinémathèque, de deux scènes nationales, même si la seconde, l'Hexagone, est localisée en banlieue, à Meylan...) que de la philosophie qui sous-tend le projet culturel de cette ville, véritable projet politique en réalité. Aussi, les grandes préoccupations qui ont animé Grenoble dans les années 60, demeurent-elles, sous des formes évidemment renouvelées, mais dont l'essence même semble identique. L'ouvrage Grenoble, Ville culturelle 10 produit par la Direction des Affaires Culturelles de Grenoble, dans lequel est présentée la politique culturelle menée par la ville est à cet égard éclairant. En effet, ce document donne d'emblée le ton dans un petit texte introductif qui met l'accent sur la nécessité de favoriser la démocratisation et le pluralisme culturels. L'intérêt déclaré pour les nouvelles pratiques culturelles et les cultures urbaines ainsi que l'attention toute particulière dont les différentes communautés étrangères grenobloises font l'objet sont autant d'éléments allant dans ce sens.
Ces différents points d'ancrage une fois établis, il convient alors de décrire la démarche qui a amené à mettre en relation ces différents éléments : Grenoble, la politique culturelle et l'international et à en faire l'objet de notre étude.
Cette démarche se fonde sur un constat : la ville de Grenoble présente un certain nombre de caractéristiques qui semblent la prédisposer à donner une coloration internationale à l'ensemble des activités menées sur son territoire et a fortiori à ses activités culturelles et artistiques. On en dénombre trois principales :
La très forte présence de communautés étrangères issues de l'immigration
Grenoble se présente comme une ville très cosmopolite puisqu'on recense sur son territoire plus d'une cinquantaine de communautés étrangères. La dernière étude de l'INSEE, réalisée en 1999, nous apprend que la population étrangère est supérieure à 14 000 habitants et qu'elle représente ainsi plus de 9 % de la population grenobloise, alors que le taux national n'atteint que les 6,62 %. Ce à quoi viennent s'ajouter les français par acquisition dont le nombre s'élève à 12 000 personnes. Ainsi, c'est près de 17 % des personnes résidant dans cette ville qui se trouvent à la croisée de deux cultures.
Ces communautés étrangères se répartissent entre ressortissants de l'Union européenne dont le nombre s'élève à près de 5000 (soit 3 % de la population grenobloise et 33 % de la population étrangère) avec une forte prédominance des italiens (1,3 % de la population grenobloise et 14 % de la population étrangère). Les autres représentent donc 67 % de la population étrangère totale avec une forte présence de la communauté maghrébine, qui avec de plus de 6 000 membres, représente près de 4 % de la population grenobloise et plus de 42 % de l'ensemble de la communauté étrangère 11 .
Un tissu économique fortement marqué par la dimension internationale
Grenoble présente la particularité pour une ville de taille moyenne, de posséder sur son territoire un nombre conséquent d'entreprises d'ampleur internationale, lui conférant ainsi un bon positionnement sur la scène économique. Le chef-lieu de l'Isère est en effet considéré comme un pôle d'excellence dans le domaine de la recherche et des industries de pointe avec notamment l'implantation du synchroton. Un nouveau centre d'affaires, Europole, a été créé à la fin des années 80 avec l'objectif de favoriser les échanges entre les industries, la recherche fondamentale, la recherche appliquée et les grandes écoles, en mettant à leur disposition les dernières technologies, et ainsi de travailler dans une perspective internationale.
Cette forte présence de l'international sur le plan économique génère des retombées dans d'autres champs. Aussi, la création d'entreprises internationales se traduit-t-elle par l'arrivée d'un personnel cosmopolite et de leur famille dont la conséquence est la mise en place d'un système éducatif adapté à un tel public. C'est pourquoi on recense à Grenoble un certain nombre d'établissements scolaires dotés de sections internationales, à l'instar de l'école primaire Houille Blanche ou encore du Lycée Stendhal, devenu cité internationale Stendhal. Il est à noter qu'environ 20% des élèves composant cet établissement sont étrangers et que plus de la moitié des élèves fréquentent les classes internationales.
Le pôle universitaire est également fortement marqué par la dimension internationale puisqu'il accueille chaque année près de 6 000 étudiants étrangers, soit 11 % de la population estudiantine totale.
Aussi, un tel tissu économique suscite-t-il l'intérêt et entraîne un grand brassage, pas seulement lors de la période estivale, mais tout au long de l'année.
Une localisation géographique privilégiée
Grenoble bénéficie d'une situation géographique particulière en tant que ville tournée vers l'Europe (comme en témoigne sa proximité avec l'Italie et la Suisse). Une telle proximité peut laisser présager de l'instauration de relations privilégiées sur le plan culturel avec ces deux pays et qu'ainsi une tournure internationale soit prise par la politique culturelle de cette ville.
A ces trois éléments peut s'en ajouter un quatrième, peut-être moins pertinent mais qui mérite tout de même d'être évoqué : il s'agit de la présence dans la même région d'une grande ville, Lyon, dont le rayonnement international sur le plan culturel et artistique n'est plus à prouver, et qui amène à se demander si Grenoble ne se trouve pas dans l'obligation de mener, elle aussi, une politique culturelle tournée vers l'international pour se démarquer et acquérir une certaine visibilité.
Une analyse de la scène culturelle et artistique grenobloise permet de vérifier l'hypothèse de départ : la dimension internationale, dans ses différents avatars, constitue bel et bien une caractéristique essentielle de l'activité culturelle de cette ville.
Il s'agit désormais de déterminer le rôle joué par la ville de Grenoble, en tant que collectivité publique, ce qui revient à se demander si, la ville, forte des atouts qu'elle recèle sur le territoire dont elle a la gestion, se lance, à l'instar de certaines grandes villes, dans la mise en oeuvre d'une véritable politique culturelle internationale ou bien si ce sont les acteurs culturels qui, de leur propre chef, impulsent une dynamique internationale à la scène culturelle grenobloise.
Plusieurs études menées sur la relation qu'entretiennent les collectivités territoriales, la culture et l'international ont révélé que, bien souvent, les collectivités et a fortiori les villes n'occupent nullement une place centrale dans les « relations culturelles internationales qui se déroulent sur ou avec « leur » territoire. Bien souvent l'action des collectivités en la matière consiste en une réponse aux sollicitations extérieures plus qu'en l'impulsion et la maîtrise d'oeuvre de projets élaborés en leur sein » 12 . Une telle analyse est-elle pertinente concernant la ville de Grenoble ? C'est à cette question que cette étude va tenter d'apporter une ou des réponses.
Avant de tenter d'apporter des réponses aux questions soulevées, il convient de préciser que la présente étude, compte tenu de la problématique qui la sous-tend, se limitera au champ géographique que constitue la ville de Grenoble excluant ainsi toute considération relative à son agglomération.
Aussi, tenterons-nous, dans un premier temps, de démontrer que la ville de Grenoble s'est engagée à marquer fortement sa politique culturelle du sceau de l'international avant de révéler, dans une deuxième partie, la forte implication internationale des différents acteurs culturels locaux qui se posent comme des relais nécessaires pour l'action de la ville et ainsi, contribuent largement à conférer à la scène grenobloise sa dimension internationale.
Certains analystes ont pu constater que « la dimension internationale ne forme pas plus une mission assignée aux services culturels que la dimension culturelle n'en constitue une pour les services des relations internationales » 13 (il faut préciser que cette affirmation fait suite à une étude menée auprès de vingt-quatre collectivités territoriales constituant ainsi un éventail suffisamment large pour tirer un certain nombre de conclusions). En effet, l'activité culturelle d'une commune peut être fortement marquée par la dimension internationale sans qu'existe pour autant une action coordonnée, relevant d'une démarche volontariste de la ville de mener une politique culturelle délibérément ouverte sur l'international. En outre, ces mêmes analystes sont d'avis que la prise en compte de la coloration internationale par les politiques culturelles locales ne se réduit bien souvent en réalité qu'à l'organisation d'opérations de prestige dont l'unique objectif serait de conférer à leur grandes institutions culturelles un fort rayonnement et, nous l'avons évoqué dans notre introduction, d' en retirer des bénéfices en seul terme d'image.
Un tel constat viendrait confirmer la thèse selon laquelle la dimension internationale de la scène culturelle grenobloise est le fruit plus des institutions et des acteurs culturels qui la composent que de l'entité ville elle-même.
Reste donc à savoir si l'action menée par la ville de Grenoble relève d'une telle logique ou si, au contraire, consciente des atouts dont elle dispose sur son territoire, elle cherche à mettre en place une véritable politique culturelle internationale telle qu'elle a été définie en introduction c'est-à-dire s'articulant autour d'un certain nombre d'axes dont la quête de rayonnement en est seulement un parmi d'autres.
Selon Helga Sobota, Directrice des Affaires Culturelles de la ville, « à la ville de Grenoble, l'international ne se décline pas uniquement en terme de conduite de projets exceptionnels (participant du rayonnement international de la ville) mais aussi en capacité de mener des projets qui se frottent à d'autres cultures, à d'autres esthétiques dans un souci de métissage ». Ce va-et-vient entre exportation de la culture locale et importation de la culture étrangère constituerait le fondement de la politique culturelle de la ville. Mais qu'en est-t-il réellement ? Si plusieurs témoignages recueillis font mention du fait que le Maire de Grenoble se soucie tout particulièrement du positionnement international de sa ville, notamment dans le domaine culturel et artistique, une telle préoccupation ne relève pas de l'obsession et, selon Helga Sobota, « A Grenoble, on ne note pas un positionnement différents du Maire selon que l'institution conduit ou pas un projet à forte dimension internationale. A niveau de notoriété (ou d'importance) équivalent, la nature des relations que nous entretenons avec ces différentes institutions ne présente pas de différences significatives ».
L'analyse du fonctionnement de la municipalité et de la manière dont elle appréhende la politique culturelle a permis de mettre à jour un certain nombre d'éléments qui apparaissent comme autant d'indices venant témoigner d'une volonté de la ville de Grenoble d'inscrire sa politique culturelle dans une perspective internationale. Cette démarche volontariste s'inscrit ainsi en faux avec les analyses traditionnellement faites et dont il a été fait mention antérieurement.
D'emblée, un regard jeté sur la municipalité et sa composition semble pouvoir nous renseigner sur l'étroitesse des liens qu'entretiennent la Culture et les Relations Internationales. En effet, on remarque que sous la première municipalité du socialiste Michel Destot (1997-2001), un seul et même adjoint, Jean-Jacques Gleizal, était délégué à la fois à la Culture et aux Relations Internationales. Cette double mandature, qui peut paraître surprenante pour une ville de l'ampleur de Grenoble, et ceci d'autant plus que la culture représente par tradition un élément suffisamment important pour qu'un élu s'y consacre à part entière, ne trouve sa justification que dans la volonté du Maire de la ville, d'inscrire l'activité culturelle et artistique dans une perspective internationale et, réciproquement, de faire de la culture une composante essentielle des relations internationales.
Il est vrai que depuis 2001, qui a vu la reconduction de Michel Destot à l'Hôtel de Ville, les délégations de la culture et des relations internationales ont été scindées : deux élus sont désormais en charge de ces deux domaines d'activité (Jean-Jacques Gleizal, aux Relations Internationales et Jérôme Safar délégué à la culture) et deux directions bien distinctes prennent en charge leurs dossiers respectifs. Il s'avère cependant que Jean-Jacques Gleizal, fort de son expérience et de sa fibre culturelle, a à coeur de poursuivre une action qui mêlerait relations internationales et culture. Aussi, les dossiers à caractère culturel traités par la Direction des Relations Internationales demeurent-ils nombreux.
Il est intéressant de noter que les relations qu'entretiennent la Direction des Affaires Culturelles et la Direction des Relations Internationales ne sont que faiblement formalisées et qu'il n'existe pas de partage clair des compétences entre les deux directions. Les dossiers comportant une dimension à la fois culturelle et internationale sont en effet traités au cas par cas, selon l'élu saisi, et l'initiative revient à l'un des deux services, l'autre se contentant de « suivre » le projet. Toutefois, ce mode de fonctionnement ne vient aucunement entraver la relation entre les deux élus qui cherchent, autant que faire se peut, à conjuguer leur vision, leurs projets et les moyens dont ils disposent pour accompagner de tels projets. En outre, les deux directions sont habituées depuis plusieurs années à travailler en étroite collaboration.
Enfin, en termes financiers, le budget de fonctionnement alloué à la culture était pour l'année 2002 de 26 391 656 euros soit 12% des dépenses de fonctionnement de la ville. Celui réservé aux relations internationales s'élevait, quant à lui, à un peu plus de 392 000 euros. S'il n'existe pas de ligne budgétaire spécifique réservée aux projets à vocation culturelle on peut toutefois noter que pour l'année 2002 près de 135 000 euros leur ont été destinés (sous forme des subventions).
Par ailleurs, si les subventions allouées aux structures culturelles ayant une action à l'échelle internationale sont financées sur le budget de la culture (qui ne dispose pas d'une enveloppe spécifique pour les projets internationaux), elles peuvent être complétées par la délégation aux Relations Internationales sur un projet spécifique (entre 1 525 euros et 7 622 euros maximum) ce qui, là encore, témoignent de l'intérêt de cette dernière pour le champ culturel.
La ville de Grenoble est, à l'instar de près de cinq cents collectivités territoriales françaises, membre de l'association Cités Unies France, association créée en 1975 et dont la mission est de fédérer, au niveau national, les collectivités territoriales engagées dans la coopération internationale. Grenoble constitue également l'une des soixante-dix collectivités locales et structures intercommunales composant le Conseil National de l'association, dont la fonction est de définir les grandes orientations en matière de coopération décentralisée. Cet engagement, même s'il s'explique par la taille de la ville de Grenoble, témoigne d'une réelle volonté de prendre part activement au processus de coopération décentralisée. Aussi, la ville a-t-elle nouée en Europe, en Asie et en Afrique, un certain nombre de relations de coopération décentralisée.
Le chef-lieu de l'Isère a, par ailleurs, signé des conventions de jumelage avec un certain nombre de villes dont le nombre s'élève aujourd'hui à dix-sept. Ces villes sont les suivantes : District de Bethléem (Palestine), Catane (Italie) Chisinau (Moldavie) Corato (Italie) Constantine (Algérie) http://www.ville-grenoble.fr/nrj/sites/thm_jum/essen/fr/sommaire.html Halle (Allemagne), Innsbruck (Autriche), Kaunas (Lituanie), Oxford (Grande-Bretagne) Pécs (Hongrie), Ouagadougou (Burkina-Faso), Phoenix (Etats-Unis), Rehovot (Israel), Sfax (Tunisie), Stendal (Allemagne) et Suzhou (Chine).
Le cas des jumelages est intéressant dans la mesure où on s'aperçoit que certains d'entre eux disposent d'un volet culturel et artistique conséquent, allant au-delà d'un simple échange ponctuel entre deux villes. Il convient ici de rappeler que les échanges habituellement mis en place dans le cadre des jumelages ne contiennent qu'une faible coloration artistique et que la modernisation dont cette pratique a fait l'objet ces dernières années, donnant naissance à des jumelages nouvelle génération, n'a fait que confirmer cette tendance 14 . En effet, certaines études soulignent la disparition progressive au sein de ces jumelages de la dimension culturelle au profit d'une dimension purement économique. S'il est vrai qu'à Grenoble, certains jumelages ne donnent lieu qu'à des actions ponctuelles, à faible valeur artistique (on peut citer l'exemple d'un échange entre chorales grenobloises et oxfordiennes), certaines actions peuvent, au contraire, prendre une vaste ampleur et ainsi être amenées à être pérennisées.
Ainsi, une convention de coopération a été signée avec la ville de Ouagadougou dans laquelle un accent très marqué a été mis sur la dimension culturelle donnant lieu à l'élaboration d'un vaste programme de coopération culturelle qui touche aussi bien la musique, que la lecture ou encore les arts visuels.
Cette coopération a tout d'abord permis la création d'un « jardin de musique ». Cette opération a consisté à mettre sur pied plusieurs studios de répétition pour les groupes ouagalais ainsi qu'une scène de diffusion sur laquelle il peuvent désormais se produire. La ville de Grenoble est intervenue tout au long du processus et a contribué à la bonne réalisation du projet tant en amont, à travers une aide logistique auprès des architectes et des acousticiens, qu'en aval, avec la mise en place d'un plan de formation en direction de la personne en charge du dossier à Ouagadougou.
Concernant le domaine de la lecture, un premier projet impliquant le quartier grenoblois de l'Arlequin et celui de Tanghin, à Ouagadougou a été élaboré. Ce projet intitulé « Je t'offre ma ville » impliquait des collégiens de ces deux quartiers, lesquels étaient chargés d'élaborer un livre dans lequel ils présentent leur ville respective. Cette coopération, gérée non pas par les villes de Grenoble et de Ouagadougou mais par des associations de quartier a permis de faire naître des relations directes entre les habitants des deux villes et a initié des liens durables entre ces deux quartiers. Cette action en faveur du développement de la lecture publique n'est pas isolée mais s'inscrit dans un programme plus vaste dont la mise en oeuvre a été déléguée aux bibliothèques grenobloises et qui, pour cette raison, sera abordée ultérieurement.
Cette coopération comporte également un volet cinéma qui prend la forme d'une collaboration entre la ville de Grenoble (à laquelle ont été associés la Cinémathèque de Grenoble et le Cinéma Méliès) et le Festival de cinéma ouagalais le Fest'Paco.
Un projet d'une telle envergure témoigne du haut degré d'implication dont fait preuve la ville. Aussi, dans ce cas, le cadre existant du jumelage ne semble non pas avoir été utilisé à des fins purement économiques mais a bel et bien permis à un projet ambitieux à vocation culturelle et artistique de voir le jour.
Ce constat de l'utilisation par la ville des ressources existantes sur son territoire (l'existence d'un cadre préétabli que représente le jumelage, ainsi que la présence d'un grand nombre d'associations ayant pour vocation de promouvoir le dialogue des cultures) pose la question de savoir si un projet d'une telle nature découle d'une politique volontariste ou, au contraire, de la seule opportunité. Si le seconde option se révélait être la bonne cela viendrait accréditer la thèse développée par Michel David, Vincent Dubois et Guy Saez selon laquelle les actions intervenant dans le champs des relations internationales ne participent jamais d'un véritable projet politique, sous-tendu par une vision géopolitique (ni même tout simplement géographique) mais qu'elles sont conditionnées par les relations préalablement nouées à travers les jumelages ou les partenariats économiques. S'ajoute à cela que les Relations Internationales constituent un champ où sont prépondérantes les relations entre personnes et les affinités personnelles laissant ainsi une large place à l'opportunité. Cependant, un tel constat n'est pas incompatible avec l'existence d'une politique volontariste.
Enfin, avant de conclure cette analyse de la politique de coopération menée par la ville, il convient de noter que, contre toute attente, malgré la grande proximité de l'Italie et les liens qui ont pu être tissés au cours de l'Histoire (ex :entre Grenoble et Milan) toute tentative de nouer des relations privilégiées s'est soldée par un échec, et seules des collaborations très ponctuelles ont pu voir le jour.
Si comme on l'a vu en introduction, la mise en place de projets culturels internationaux peut toujours être suspectée d'instrumentalisation au service des échanges économiques, la double mandature, puis le fait que l'actuel adjoint aux Relations Internationales soit Jean-Jacques Gleizal, ex adjoint à la culture, dont l'intérêt pour le monde de l'art et de la culture n'est plus à prouver, réduit ce risque et laisse à croire qu'il est peut-être, à Grenoble plus qu'ailleurs, évité.
Le fait que la ville de Grenoble se soit dotée d'une convention AFAA, ce qui est loin de constituer la règle (seules 17 villes ont signé une convention de cette nature), peut être perçu comme un élément de preuve supplémentaire attestant du souci de cette ville de donner une véritable impulsion internationale à sa politique culturelle. C'est également un nouvel exemple de collaboration entre les deux directions. Cette convention est, en effet, pilotée sur le plan institutionnel par l'Adjoint aux Relations Internationales (il lui incombe, par exemple, de signer la convention), la mise en oeuvre des projets relevant, quant à elle, de la compétence de la délégation à la Culture. La programmation des projets retenus au titre de la convention est discutée et négociée d'un commun accord entre les deux élus, les deux services, et bien sûr l'AFAA.
Avant de recenser et de décrire les différentes actions menées dans le cadre de cette convention, il apparaît nécessaire de donner quelques indications sur la nature, le fonctionnement et les objectifs mêmes de ce qu'on appelle les conventions AFAA. L'AFAA a souhaité accompagner le mouvement de décentralisation culturelle en développant dès 1995 un programme de conventionnement avec les collectivités territoriales. L'objectif de ces conventions est de « faire découvrir à l'étranger des artistes émergents fortement implantés dans leur ville ou leur région et de tisser, à travers des projets d'ateliers, de formation, de co-réalisation ou de coproduction, des liens durables entre équipes artistiques françaises et étrangères 15 », à travers la mise en commun des moyens de l'AFAA et de la collectivité signataire (la parité est la règle en matière de financement, même s'il revient à l'AFAA de gérer et administrer l'enveloppe globale). Ces conventions triennales prévoient l'adoption d'une convention annuelle d'application fixant l'engagement financier des deux partenaires. Ces conventions annuelles sont également l'occasion d'une définition des objectifs pour l'année à venir.
Convention 1997-1999
La ville de Grenoble a donc manifesté en 1997 le désir d'engager une relation conventionnelle avec l'AFAA dans un souci de développer davantage sa politique culturelle internationale en affirmant sa volonté de mener des actions de coopération et d'échanges artistiques. Une convention triennale (1997-1999) dont l'objectif est de promouvoir la circulation et les échanges artistiques émergents a ainsi été signée. Cette convention a été dotée d'un budget global de 1 260 000 francs (soit environ 192 100 euros) soit, par partenaire, un apport de 130 000 F en 1997, 200 000 F en 1998, et 300 000 F en 1999.
Les structures culturelles locales peuvent ainsi voir certains de leur projets financés sur cette ligne budgétaire, si leur nature est en adéquation avec la philosophie de la convention.
Nous n'allons pas livrer ici une liste exhaustive des actions menées dans le cadre de cette convention mais en citer quelques uns, à titre d'exemple.
Ainsi la convention a-t-elle aidé, en 1997, à l'implantation de Jean- Claude Gallotta et du Centre Chorégraphique National de Grenoble au Japon. Il est intéressant de noter que, dans le cas présent, la convention n'a pas eu pour objectif d'accorder un soutien à un artiste émergent puisque la renommée nationale et même internationale du chorégraphe n'est désormais plus à faire. Elle s'est ainsi contentée ici de renforcer le rayonnement international d'une grande institution grenobloise.
Les années 1998-1999 ont donné lieu à la réalisation de projets en direction de l'Europe. Un appel à projets européens, intitulé « Euro Défis » a été lancé auprès des jeunes artistes grenoblois dont l'objectif était selon Jean-Jacques Gleizal « d'aider les jeunes artistes à monter des projets en Europe » 16 , en favorisant l'élaboration de projets novateurs dans le domaine des arts de la scène, des arts visuels ou bien encore de projets pluridisciplinaires. Ces projets, une fois conçus, ont été présentés dans un autre pays européen. Les onze pays suivants se sont ainsi vus concernés par ce programme : la Grande-Bretagne, la Suède, le Portugal, la Russie, l'Allemagne, la Grèce, la Belgique, l'Italie, la Turquie, l'Espagne et la Pologne.Toutefois, les objectifs que s'est assignée cette convention ne répondent pas uniquement à un souci de diffusion de la production culturelle et artistique locale. Les partenaires ont en effet souhaité mettre l'accent sur :
la nécessité de mettre en place des logiques de coopération avec des pays étrangers afin de promouvoir la circulation et les échanges de projets artistiques émergents en Europe. Le programme « euro Défis » a d'ailleurs donné l'opportunité à certains de ces artistes grenoblois d'entrer en relation pour la première fois avec des institutions culturelles ou des équipes d'un autre pays européen.
Sept projets ont ainsi pu voir le jour en 1998 dans le cadre de cette convention, neuf en 1999.
Il est intéressant de remarquer que ces grands trois objectifs définis par la convention sont calqués sur les trois axes autour desquels, on l'a vu en introduction, doit s'articuler une politique culturelle pour vraiment bénéficier de la qualification d' « internationale ».
Comme l'indique un bilan sur cette convention triennale produit par la Direction des Affaires Culturelles, « cet appel à projet « Euro Défis » a permis une réorientation de la politique d 'échanges artistiques internationaux de la ville de Grenoble en faveur de la jeune création, et de projets relevant de démarches d'ouverture, des esthétiques, ou des contenus nouveaux ».
Convention 2000-2002 17
La ville, satisfaite de cette première collaboration avec l'AFAA, a décidé de réitérer cette expérience partenariale en signant, le 3 juillet 2000, une nouvelle convention triennale. Cette convention s'est vue dotée d'un budget plus conséquent que la précédente atteignant la somme de 2 700 000 Francs (soit 411 612,34 euros) soit un apport par partenaire de 400 000 F en 2000, 450 000 F en 2001, 500 000 F en 2002.
Les objectifs définis sont identiques à ceux contenus dans la convention 1997-1999, la différence résidant dans l'orientation géographique de cette seconde convention, axée cette fois non plus sur le continent européen mais sur le continent africain. Après les Euro Défis surviennent les Africa Défis. Ce choix de l'Afrique a des incidences sur la philosophie même des projets menés au titre de cette convention : une nouvelle étape a ainsi été franchie débouchant sur une véritable démarche de coopération destinée à être pérennisée. A l'instar du procédé utilisé pour la première convention, un appel à projets « Africa Défi » a été lancé en juin 1999 à l'issue duquel onze projets ont été sélectionnés impliquant huit pays africains.
Pour l'année 2002 a été décidée la poursuite du programme « Africa-Défi » ainsi que la préparation de l'année de l'Algérie. La programmation détaillée des projets associant artistes grenoblois et artistes africains figure en annexe.
Au regard des différents projets qui ont été menés dans le cadre de ces deux conventions, on peut en conclure qu'à travers cet outil conventionnel, la ville n'a pas cherché à soutenir des projets institutionnels (même si des projets plus institutionnels sont menés dans ce cadre tels que des échanges d'étudiants du Magasin) mais, au contraire, à permettre à de petites compagnies émergentes locales de conférer une dimension internationale à leur activité. Ceci semble ainsi donner raison à l'affirmation de Helga Sobota qui estime que Grenoble s'est engagé à faire en sorte que l'international puisse « aussi se travailler du côté de l'émergence ».
Il faut noter qu'un certain nombre de projets, décrits plus haut, menés dans le cadre de la convention de coopération avec Ouagadougou ont été financés au titre de cette convention et du programme Africa Défi.
La ville de Grenoble, on l'a vu, appréhende sa politique culturelle sous l'angle de l'international et exprime un certain nombre de velléités : rayonner sur la scène culturelle et artistique internationale, proposer une offre culturelle plurielle dans laquelle la production artistique étrangère soit bien représentée et, enfin, contracter des échanges avec l'extérieur. Pour ce faire, elle a à sa disposition un certain nombre d'établissements dont elle a directement la charge. Ces structures dites en « régie directe » sont créées par l'assemblée délibérante de la ville qui vote et contrôle son budget, et procède à la nomination de son directeur. Elles ne possèdent pas, par conséquent, l'autonomie juridique et financière. Il est toutefois essentiel de préciser que ces institutions disposent d'une indépendance totale en matière de politique artistique et de choix des projets. Il incombe toutefois à la ville de définir les grandes orientations et ainsi, dans le cas qui nous intéresse, de décider d'impulser ou non une dynamique internationale à leur action.
Ainsi, la prise en compte de la composante internationale lors de recrutement de responsables d'institutions doit être perçue comme une preuve de cet intérêt marqué de la ville pour l'international. En effet, la manière dont le candidat appréhende la dimension internationale et l'expérience qu'il en a, constituent désormais un critère de recrutement pour cette dernière : elle exige aujourd'hui des directeurs des grandes structures grenobloises qu'ils intègrent cette nouvelle donne dans le projet artistique de leur établissement. La façon dont la ville a procédé au récent recrutement du conservateur du musée de Grenoble, suite au départ de Serge Lemoine, nommé au Musée d'Orsay, représente une parfaite illustration de ce phénomène. En effet, le futur conservateur devait témoigner d'une réelle volonté de continuer à inscrire l'action du Musée dans une perspective internationale. Il devait notamment apporter la garantie qu'il continuerait à organiser des projets d'envergure internationale, en partenariat avec les grands musées étrangers, à l'instar de la politique menée par le précédent conservateur. Il se devait également de prouver sa capacité à s'impliquer dans des réseaux internationaux, à nouer des partenariats lui permettant d'exposer des artistes de renom et ainsi à faire bénéficier le Musée de retombées médiatiques au-delà du territoire national.
Deux de ces institutions gérées en régie directe vont faire ici l'objet d'une étude précise. Ces deux cas sont particulièrement intéressants dans la mesure où ils proposent deux manières extrêmement différentes d'intégrer dans leur action la dimension internationale.
La ville de Grenoble accorde une importance toute particulière à la lecture publique et possède sur son territoire un réseau de quinze bibliothèques municipales auxquelles ont été confiées un certain nombre de missions d'ouverture à l'international. Une conservatrice, basée à la bibliothèque Arlequin, l'une des quinze bibliothèques municipales, se voit chargée des Relations Internationales et de la mise en oeuvre de projets.
Aussi, une action est-elle menée en direction de la ville bosniaque de Mostar, ville jadis multiculturelle et dont la partie musulmane à été ravagée par la guerre. Cette action prend la forme d'un don de livres en vue de la création d'une bibliothèque de langues latines. Un projet de coopération avec la bibliothèque de Constantine est actuellement en cours d'élaboration dont l'objectif est de l'aider à reconstituer un fonds. Une action menée en partenariat avec le centre culturel français de Vilnius en direction de la commune lituanienne de Kaunas, commune avec laquelle Grenoble est jumelée, est également en préparation.
Enfin, dans le cadre de la convention de coopération signée entre les villes de Grenoble et de Ouagadougou, les bibliothèques de Grenoble se sont associées à un projet de développement de la lecture publique à Ouagadougou. Ce dernier, compte tenu de son ampleur, constitue la clé de voûte de leur action de coopération.
Ce projet a donné lieu, en amont, à un travail approfondi d'investigation sur le terrain mené par des bibliothécaires grenoblois, travail qui a permis de définir les besoins de la capitale burkinabé, et par conséquent, les axes autour desquels articuler cette action. Ce travail a, en effet, permis de découvrir que parmi les nombreuses associations implantées dans le quartier de Tanghin à Ouagadougou, une d'entre elle compte, chez les membres qui la constituent, un documentaliste formé. De cette découverte est née l'idée de constituer un point lecture en partenariat avec les bibliothèques municipales de Grenoble.
Ces dernières ont donc procédé à l'envoi d'un certain nombre d'ouvrages dont le choix a été fait en accord avec le documentaliste ouagalais, ainsi qu'à la vente de livres à Grenoble dont les recettes ont été envoyées à Ouagadougou. Il incombe ainsi au documentaliste de mener sa propre politique d'acquisition sur place. Cette procédure présente le triple avantage, d'une part, d'éviter l'écueil d'envoyer des livres inadaptés aux besoins des lecteurs ouagalais, de supprimer les coûts de transports de livres de France vers l'Afrique, d'autre part et enfin, de soutenir l'économie locale du livre. Enfin, cette coopération a pris la forme d'envoi de matériel (mobiliers, plastique pour couvrir les livres, etc...).
Ce processus entamé en 2000 a abouti à l'ouverture du lieu en 2002.
Par ailleurs, les bibliothèques municipales ont lancé fin 2000 un travail de conseil auprès de la municipalité de Ouagadougou qui souhaite doter la ville d'une grande bibliothèque municipale. Mais ce projet se heurte à certaines difficultés et ne pourrait voir le jour sans que soient embauchés un, voire deux, bibliothécaires ouagalais pour le conduire. Aussi est-il envisagé que les bibliothèques de Grenoble prennent à leur charge la formation de cette ou ces personnes.
Mais le lien qu'entretiennent les bibliothèques grenobloises avec la dimension internationale ne se réduit pas à ces seules actions de coopération avec l'étranger. Ces bibliothèques et notamment la principale d'entre elles, la Bibliothèque d'Etude et d'Information, parce qu'elle possède certains fonds spécialisés, bénéficient également d'une certaine notoriété qui leur permet de drainer de nombreux visiteurs étrangers. En effet, chaque été un nombre important de chercheurs étrangers faisant escale à Grenoble, s'y rendent afin de consulter plus particulièrement le fonds dauphinois doté de près de 80 000 imprimés ainsi que le fonds Stendhal. Ce dernier fut constitué à l'origine par les soixante volumes manuscrits de l'écrivain donnés à la ville par Madame Louis Crozet, veuve de l'ami de Stendhal. Il est augmenté sans cesse par des achats d'autographes et d'éditions originales. A ces manuscrits s'ajoutent près de 4.000 estampes et plus de 7.000 volumes, avec toutes les éditions originales imprimées des oeuvres de l'écrivain, l'ensemble des éditions de ses oeuvres en langues étrangères ainsi que les études, thèses et bibliographies sur l'écrivain et son oeuvre.
Le Musée de Grenoble, créé en 1798, fut le premier Musée d'Art moderne français et se considère aujourd'hui comme « l'un des plus prestigieux musées français » et estime « occuper une place majeure dans l'Histoire de l'art moderne sur la scène française et internationale ».
Avant de montrer si cette assertion est fondée, il nous paraît important de nous arrêter un instant sur cette expression de « rayonner sur la scène internationale » employée à l'envi par de nombreux conservateurs de musées, et qui donne souvent l'impression de n'être qu'une coquille vide ne recouvrant aucune réalité précise et à vocation purement promotionnelle.
Il est donc nécessaire de dégager un certain nombre de critères objectifs à l'aune desquels peut se mesurer la notoriété d'une structure et ceci afin de donner une réelle consistance à cette expression.
L'impact international de l'action menée par un musée peut se jauger, dans un premier temps, aux retombées médiatiques qu'elle génère. Il convient alors de déterminer si l'établissement a fait l'objet de mentions dans la presse étrangère ou encore si certaines expositions qu'il a produit sont évoquées dans des catalogues ou des monographies.
Par ailleurs, la reprise par des institutions étrangères d'une exposition créée et produite par une structure, est également un élément tangible allant dans le sens d'une reconnaissance de la qualité du travail de cette dernière.
Enfin, une analyse de la fréquentation d'un établissement culturel en terme de provenance géographique (public local, régional, national, international) renseigne sur la notoriété du lieu et sur son attractivité.
Une fois ces jalons posés, nous pouvons désormais nous livrer à une analyse du Musée de Grenoble et des différents liens qu'il entretient avec l'international.
Ce musée, comme nous l'indiquions plus haut, est considéré comme bénéficiant d'un rayonnement sur la scène internationale. Plusieurs éléments semblent en effet accréditer cette thèse.
Ce rayonnement se traduit tout d'abord par la capacité dont fait preuve le Musée à s'inscrire dans un réseau de dimension internationale ce qui lui permet, par exemple, de mettre en place un certain nombre de coproductions. Celles-ci peuvent prendre la forme de reprises au Musée de Grenoble d'expositions montées par de grands musées européens. Ainsi, a pu être présentée au public grenoblois une exposition consacrée à l'oeuvre de Rebecca Horn réalisée par le Musée Guggenheim et qui, auparavant, avait été reprise à Londres et à Berlin.
A l'inverse, certaines expositions produites à Grenoble sont à leur tour reprises par des instituions étrangères comme par exemple l'exposition « Le sentiment de la montagne » qui a été présentée par le musée de Turin.
Le Musée travaille ainsi ponctuellement avec de nombreuses grandes institutions étrangères et se livre régulièrement au prêt de ses oeuvres (surtout de la première moitié du 20e siècle et notamment des tableaux de maîtres tels Delaunay ou encore Picasso) à des musées américains, espagnols, allemands ou encore italiens ce qui témoignent de la richesse et du rayonnement de sa collection.
Selon certains, le Musée bénéficie de cette grande renommée aujourd'hui parce qu'il a eu à sa tête un certain nombre de conservateurs qui, d'une part, ont su osé et qui, d'autre part, ont su s'insérer dans des réseaux et ainsi créer des liens privilégiés avec des artistes ou des responsables de grandes institutions. On peut citer l'exemple d'Andry-Farcy, illustre conservateur du Musée de Grenoble de 1919 à 1949, grâce auquel le musée a pu acquérir un Matisse, un Bonnard et un Picasso provenant du don des artistes eux-mêmes.
Enfin, le fait que Serge Lemoine ait été plusieurs fois candidat au Musée National d'Art Moderne du Centre Georges Pompidou, et qu'il dirige aujourd'hui le Musée d'Orsay atteste de la reconnaissance de la qualité du travail effectué au Musée et contribue ainsi à sa notoriété.
Il convient néanmoins de noter que plusieurs voix, et ceci au sein même du Musée, s'élèvent pour dénoncer la perte d'aura de l'institution grenobloise. Elles imputent ce déclin au fait que l'établissement, depuis quelques années, consacrerait beaucoup d'expositions à des artistes mineurs, ne diversifierait plus autant sa programmation, et n'accorderait pas suffisamment de place aux esthétiques nouvelles, telles que la vidéo.
Si ce Musée souhaite conserver une visibilité sur la scène internationale, et se poser comme l'un des principaux musées européens il lui faut, bien évidemment, offrir à voir des oeuvres variées venus d'horizons les plus divers. C'est pourquoi la politique d'acquisition et la programmation des expositions accordent tout naturellement une large place aux artistes étrangers. Le Musée de Grenoble peut ainsi se targuer d'avoir exposé un nombre important d'artistes bénéficiant d'une très grande renommée sur la scène internationale.
Cet établissement s'est donné pour ambition de présenter un vaste panorama de l'Histoire de l'Art occidental de la Fin du Moyen-Age à nos jours dans lequel tous les courants soient représentés. Riche d'une collection de quelque 4500 tableaux, 5500 dessins et 400 sculptures, le Musée recèle notamment de nombreuses toiles de grands peintres de l'école italienne, et des écoles du Nord. A cela vient s'ajouter, l'acquisition d'un grand nombre d'américains de l'après-guerre à aujourd'hui.
Un examen des expositions temporaires organisées par le Musée depuis quelques années révèle, quant à lui, une surreprésentation des artistes étrangers puisqu'on n'y compte pas plus de 25 % d'artistes français. Un regard sur la programmation des expositions proposées en 2002 suffit à illustrer ce phénomène. En effet, sur huit expositions présentées, quatre sont consacrées à des artistes ou courants étrangers contre deux seulement à des artistes ou courants nationaux (Aurélie Nemours et une rétrospective sur le purisme). La dernière exposition intitulée « L'art aujourd'hui » consistait à présenter les grands artistes contemporains à travers une soixantaine d'oeuvres du FNAC, et, par conséquent, faisait la part belle à la production artistique étrangère.
Concernant les artistes étrangers, le Musée s'est attelé en cette année 2002 à faire découvrir les oeuvres de l'italien Berto Ladera, de l'hongroise Véra Molnar et du graphiste-affichiste polonais Roman Cieslewicz. 2002 fut également l'occasion de présenter le travail des groupes sud-américains Arte Concreto-Invencion et Madi formés dans les années quarante. Le Musée de Grenoble est, par ailleurs, l'unique institution française à posséder dans sa collection un si grand nombre d'oeuvres de ce courant sud-américain.
Il faut noter que plusieurs expositions dont celle consacrée à Berto Ladera ont bénéficié d'une subvention de la Commission Européenne.
Si cette forte présence des artistes étrangers est indéniable, il ne faudrait toutefois pas omettre de préciser que le Musée, sous l'impulsion de Serge Lemoine, conservateur de cet établissement depuis 1986 et dont le départ ne remonte qu'à mai 2002, a cherché à soutenir activement la création française en lui réservant un large accueil (François Morellet, Soulages, Pariente). Mais cette politique de défense de l'art national peut également prendre une tournure internationale à partir du moment où elle s'accompagne d'une mission d'aide à l'exportation et de rayonnement des artistes français. Ainsi, Serge Lemoine a organisé en Pologne, avec le soutien de l'AFAA, une exposition consacrée aux artistes français.
Les différents éléments dont il vient d'être fait mention viennent tous corroborer la thèse de l'existence d'une forte implication internationale de cette grande institution grenobloise. Toutefois, si Guy Tosatto, conservateur en chef du Musée depuis mai 2002, estime que son prédécesseur a su conférer à cette institution « une identité nationale et internationale », il juge cependant qu'« il faut poursuivre le développement de sa dimension internationale et l'ancrer plus encore qu'il ne l'est au plan local ».
Concernant l'Ecole supérieure d'Art, autre établissement en régie directe, il a malheureusement été impossible de recueillir des informations précises sur ses actions à l'international. On peut néanmoins noter que cette école participe à un réseau d'échanges sur le plan local, national mais aussi international (échanges d'étudiants mais aussi de professeurs). Elle a, en outre, accueilli (pendant deux ou trois sessions) de jeunes artistes européens dans le cadre du programme « Pépinières Européennes pour Jeunes Artistes ».
Si l'action des deux institutions (bibliothèque et Musée), on vient de le démontrer, s'inscrivent fortement dans une perspective internationale, il faut toutefois reconnaître qu'il n'en va pas de même pour l'ensemble des structures directement gérées par la ville.
Arrêtons nous par exemple, sur les deux théâtres gérés en régie directe. Il apparaît, au regard de leur programmation, que ces derniers ne manifestent aucune velléité ni de réserver un accueil particulier à la création dramatique étrangère ni de dépasser une audience locale ou au plus régionale. Le Théâtre municipal se présente en effet, comme un petit théâtre de proximité tandis que le Théâtre de poche inscrit son action dans une perspective de valorisation de la production locale.
Un tel constat ne va cependant pas à l'encontre de l'idée selon laquelle la ville oeuvre en faveur de l'instauration d'une politique culturelle internationale. Il révèle simplement qu'il s'agit d'une action non pas systématique mais circonstanciée prenant en compte les potentialités propres à chaque structure.
Comme cela a été évoqué en introduction, Grenoble comprend sur son territoire plus d'une cinquantaine de communautés étrangères. Elle se compose de deux types de communautés : les communautés issues d'une immigration ancienne, à l'instar de la communauté italienne ou encore de la communauté maghrébine et, les communautés étrangères, fort différente d'un point de vue socio-économique, composées de chercheurs, souvent d'un haut niveau de qualification, venant travailler dans les grandes entreprises internationales et s'installant ainsi à Grenoble de manière temporaire.
La ville de Grenoble a, par ailleurs, été traditionnellement attentive aux cultures populaires 18 et l'intérêt revendiqué aujourd'hui pour les expressions culturelles minoritaires et les cultures urbaines s'inscrit parfaitement dans cette logique.
La création en 1974 d'un Théâtre Populaire Maghrébin, premier théâtre en France à proposer des représentations en langue arabe, est un élément illustrant clairement cette prise en considération de la communauté maghrébine implanté sur son territoire. Aujourd'hui, si ce théâtre a disparu, il n'en demeure pas moins que la ville s'est assignée pour mission d'associer à la vie culturelle grenobloise des populations constitutives à part entière de l'identité de la cité. Aussi a-t-elle décidé de mettre plus particulièrement l'accent sur les communautés maghrébines et africaines dont l'implication dans des projets à vocation culturelle et artistique se révèle bien souvent faible. Le document Grenoble, Ville culturelle, consacre un petit paragraphe au « partage de la culture » au travers duquel sont présentées les ambitions de la ville dans les termes suivants : «Reconnaître la diversité des cultures qui s'expriment avec les quarante et une communautés étrangères qui vivent à Grenoble, les cultures urbaines et les initiatives prises par les habitants dans leurs quartiers passe par l'instauration de relais entre, d'une part, les expressions émergentes et communautaires, et d'autre part, les professionnels de la culture et les artistes. C'est aussi inviter les grandes institutions culturelles et les équipes artistiques à intégrer dans leur fonctionnement normal les quartiers comme espaces naturels de travail 19 ». Un tel programme se traduit par la mise en place d'actions de différentes natures.
D'un côté, sont noués un certain nombre de partenariats avec toute une série d'associations ayant pour vocation la promotion des cultures étrangères et des échanges interculturels (avec une prédominance des associations liées aux cultures méditerranéennes et africaines). On peut citer parmi elles, l'Association culturelle franco-maghrébine AMAL, Culture et Développement (axée sur l'Afrique francophone), Avenir et Mémoire (cette association s'étant constituée autour de Kateb Yacine) ou bien encore l'ODTI (tournée vers les cultures maghrébines), associations avec lesquelles la ville et ses émanations directes travaillent très régulièrement. Les actions menées autour du livre et de la lecture par la bibliothèque sont à cet égard très significatives. En effet, le processus de coopération décentralisée avec Ouagadougou associe non pas les deux villes, mais des quartiers de ces communes. Cette coopération est gérée par des associations de quartier de façon à permettre des relations directes entre les habitants des deux villes.
Ce partenariat avec de telles structures, parce qu'elles comptent parmi leurs membres un nombre important de représentants de ces communautés, constitue le meilleur moyen de les d'impliquer et ainsi de leur permettre d'accéder au champ de l'art et de la culture, champ qui ne les concernait pas jusque-là.
Il convient ici de faire mention de la décision de la ville de Grenoble de prendre part l'année prochaine à la manifestation « les saisons étrangères en France», manifestation organisée tous les ans, à l'initiative du Ministère des Affaires Etrangères, par l'intermédiaire de l'AFAA, et consacrée en 2003 à l'Algérie. Les projets prévus dans ce cadre sont menés dans un souci d'associer la communauté algérienne implantée sur le territoire grenoblois, et pour ce faire la ville a recours aux associations. Ce programme constitue un nouvel exemple de cette collaboration.
Ces collaborations entre la ville et les associations se manifestent de différentes façons. Elles peuvent revêtir :
Toutefois, comme le reconnaît elle-même Helga Sobota, les actions visant à impliquer ces différentes communautés, ne remportent pas toujours le succès escompté. Ceci s'explique principalement par le décalage qui peut exister entre une conception large de la culture, qui s'apparenterait davantage à du socio-culturel, que l'on rencontre chez certaines de ces associations, et une conception plus étroite qui est celle de la ville et de ses institutions.
D'autre part, la ville de Grenoble mène un certain nombre de projets avec des institutions indépendantes et notamment avec le Musée Dauphinois, musée départemental présent sur le territoire grenoblois, qui accorde une attention toute particulière au thème de l'immigration en Isère. Aussi, la ville accompagne-t-elle ce Musée dans le travail de préparation de certaines expositions ou d'autres actions ayant trait à ces communautés, qui lui-même bénéficie du concours des associations interculturelles.
Ces différentes actions tendent à prouver que l'enjeu que constitue l'implication des communautés étrangères à l'activité culturelle de la ville est sérieusement pris en compte par cette dernière et qu'il donne lieu à la mise en place d'une véritable politique volontariste.
Il faut rappeler que Grenoble est, avec un nombre d'habitants légèrement supérieur à 150 000, une ville de taille moyenne (même si les grenoblois aiment à rappeler que leur cité est la dernière des grandes villes selon le classement, classement qui comme tous ceux de cette nature, détient une part d'arbitraire). Ceci implique qu'elle dispose d'une capacité d'action moins importante que celle que peuvent avoir les grandes villes en terme de budget bien sûr, mais également en terme de réseau et de capacité à nouer des partenariats avec de très grandes villes européennes. Malgré cela, le chef-lieu de l'Isère a su s'appuyer sur ses domaines d'excellence dans le champ artistique et culturel, et saisir les différentes opportunités lui permettant de mettre en place une véritable politique culturelle internationale que toutes les villes de taille similaire ne mènent pas actuellement.
« L'ensemble des échanges culturels internationaux noués au niveau d'une collectivité locale est loin d'être mis en oeuvre ou même coordonné au niveau institutionnel. L'essentiel se joue en effet ailleurs : au niveau des professionnels de la culture, qui n'attendent pas une politique structurée d'échanges pour établir des relations avec l'extérieur, à celui, parfois, des associations, et à celui, enfin, et sous des formes très variables et fluides, de la population locale.». 20 Michel David, Vincent Dubois et Guy Saez poursuivent un peu plus loin : « Les institutions culturelles semblent tout à fait autonomes, et mener (ou ne pas mener) des projets internationaux sans que ceux-ci soient forcément en relation avec les collectivités qui financent d'autres dimensions de leur activité. » 21 Tel est le regard porté par ces trois spécialistes des politiques culturelles sur la manière dont se mettent en place les projets artistiques et culturels à vocation internationale. L'analyse de la scène culturelle grenobloise semble donner raison à une telle affirmation.
Si notre première partie a tenté de démontrer l'implication de la ville dans cette internationalisation de l'art et de la culture à Grenoble, il n'en demeure pas moins que les institutions et l'ensemble des acteurs constituant le tissu culturel grenoblois se présentent comme des relais essentiels de la ville et confèrent autant qu'elle sa dimension internationale au chef-lieu de l'Isère.
Il convient ainsi, dans un deuxième temps, de se demander si finalement « l'essentiel ne se joue-t-il pas ailleurs » ou du moins si cette action n'est pas relayée par une autre, celle des acteurs culturels locaux.
Ces différents acteurs, même si leur action s'inscrit bien souvent dans la politique culturelle de la ville, et qu'ils bénéficient de son soutien (ce qu'il ne s'agit nullement d'occulter), ne constituent pas un outil direct de sa politique et disposent d'une plus grande indépendance à son égard. En effet, il s'agit de structures qui, à la différence de celles gérées en régie directe, possèdent un budget propre et dont les sources de financement sont diversifiées. Par ailleurs, il existe un certain nombre d'entités qui ne bénéficient d'aucun soutien mais qui contribuent également à donner une dimension internationale au paysage culturel grenoblois.
Ces actions à l'international sont souvent menées sous l'impulsion d'un homme, qui, appartenant à un réseau, entretient des liens privilégiés avec certaines personnalités culturelles étrangères et ainsi bénéficie d'opportunités lui permettant de mettre en place de nombreuses collaborations. Ainsi, selon la direction du CNAC-Le Magasin, la dimension internationale est constitutive de leur quotidien et sa prise en considération se révèle même être une condition de la survie de leur structure. En effet, selon Thomas Vasseur, secrétaire général de l'association, « le travail du directeur ne peut se faire que s'il a des contacts professionnels (avec des institutions, des galeries ou encore des artistes) à l'échelle internationale ».
Donner à une action une orientation internationale relève donc, bien souvent, d'un choix du responsable, choix dans lequel la ville n'intervient pas. Celle-ci (parce qu'elle a de nombreux contacts) peut, dans certains cas, se faire l'écho d'opportunités auprès des structures, et éventuellement faire des propositions, mais elle se cantonne à ce rôle d'interface. Le pouvoir décisionnel appartient en dernier ressort à l'institution.
Aussi, lorsque Michel Destot, dans une conférence de presse tenue en mai 2002, aborde la question de l'ouverture sur l'international de la création artistique grenobloise, il fait référence à un certain nombre d'hommes, acteurs de la scène culturelle locale, auxquels il associe un lieu «Minkowski à Varsovie, Gallotta au Japon, Lemoine aux US, ou Thieberghien en Afrique du Sud... », 22 montrant ainsi que l'international ce n'est pas que la ville mais que ce sont aussi des hommes.
Si comme cela a été précisé en introduction, une politique culturelle internationale s'articule autour de trois axes, une analyse de la scène culturelle locale repose sur cette même classification. On dénombre en effet un certain nombre de structures dont la relation avec l'international prend la forme soit d'une politique de présentation de la production artistique étrangère, soit d'organisation de manifestations et d'échanges interculturels, soit encore d'actions de nature telle qu'elles confèrent aux établissements qui les mènent un rayonnement sur la scène internationale. Il faut noter qu'une même structure peut agir simultanément sur ces trois fronts et que ce cas de figure se révèle d'ailleurs très fréquent.
Sans prétendre à l'exhaustivité, nous avons procédé au recensement des principales structures grenobloises pour qui la présentation, et par extension la valorisation des différentes cultures et de leur production artistique, se posent comme une priorité. De nombreuses petites structures ou compagnies ont, en effet, a coeur de réserver une place de choix aux cultures étrangères. Aussi, Didier Berramdane, directeur du Théâtre Sainte Marie d'en Bas, s'est-il donné pour mission d'offrir « une programmation pluraliste et cosmopolite de théâtre et de musique, à travers des auteurs, des metteurs en scène et des musiciens venus d'horizon divers ». 23 Il est également intéressant de noter la présence sur le territoire grenoblois d'un « Collectif de soutien au Théâtre algérien » qui apporte en réalité son soutien à l'ensemble des créateurs algériens en exil, toutes disciplines confondues.
Ce souci d'accueillir et de soutenir les artistes étrangers se lit tant dans la programmation de structures, que l'on qualifiera, pour simplifier notre propos, d'« institutions », que dans celle d'un certain nombre d'événements organisés annuellement dans la commune iséroise.
Cette structure de statut associatif loi 1901, est née d'une initiative étatique. L'Etat est, en effet, sa principale tutelle (ce qui lui permet de bénéficier du label Centre National d'Art Contemporain) et constitue le premier contributeur financier puisque sa subvention représente 40 % de la subvention globale, contre 20 % pour chacune des trois collectivités locales (la ville de Grenoble, le département de l'Isère et la région Rhône-Alpes). Dans ce cas de figure, la ville n'est donc qu'un financeur parmi d'autres et ne détient qu'une part du pouvoir décisionnel.
Aussi, on se trouve ici confronté à une démarche différente de celle qui prévaut pour les établissements en régie directe : ce n'est pas la ville qui, en amont, impulse une dynamique internationale à une des ses institutions mais une institution qui met en place un projet international que la ville décide de soutenir.
Si l'on interroge les responsables du Magasin sur leur politique artistique, on apprend qu'une place de choix est accordée à l'art contemporain étranger. En effet, même si les artistes français font l'objet d'une attention toute particulière (avec notamment la présentation d'oeuvres réalisées par des artistes issus des écoles des Beaux Arts de la région Rhône-Alpes), Thomas Vasseur tient à préciser que « la mission de l'institution n'est pas seulement de programmer des artistes français ». Aussi, la défense de l'art national ne se pose nullement comme un objectif de la structure. On peut ici ouvrir une parenthèse afin de montrer que certaines institutions pourraient être tentées de s'assigner cette mission en réaction au phénomène de sous-représentation des artistes contemporains nationaux tant à l'étranger que dans les institutions françaises, et ainsi faire preuve d'un « sursaut nationaliste» selon l'expression employée par le sociologue Alain Quemin dans son rapport « Le rôle des pays prescripteurs sur le marché et dans le monde de l'art contemporain » paru en 2001 24 . Il est toutefois nécessaire de remarquer qu'il paraîtrait inconcevable qu'un lieu dédié à l'art contemporain puisse occulter la dimension internationale à tel point cette dernière constitue une partie consubstantielle de l'activité de monstration de l'art contemporain.
Aussi, une analyse de la programmation proposée par la Magasin depuis sa création en 1986 révèle-t-elle que plus de 80 % des artistes présentés sont de nationalité étrangère.
Le Musée Dauphinois qui est, rappelons-le, un musée départemental et dont la gestion ne relève pas, par conséquent, de la compétence de la ville de Grenoble porte une attention toute particulière aux communautés étrangères présentes sur le territoire isérois et a fortiori grenoblois. Aussi, cette institution a-t-elle été l'initiatrice d'un cycle d'expositions leur étant consacré. Ce cycle débute en 1989 par une exposition autour de la communauté italienne, puis autour des immigrés grecs en 1993, des arméniens en 1997 puis, en 2000, le Musée décide de se pencher sur la plus importante des communautés installées en Isère, la communauté maghrébine et organise « D'Isère et du Maghreb, mémoires d'immigrés ». Cette dernière exposition a été élaborée en partenariat avec les associations maghrébines iséroises.
Grenoble possède sur son territoire l'une des douze cinémathèques françaises. La Cinémathèque de Grenoble est une association fondée en 1962 et qui, originellement, était une antenne de la Cinémathèque française. Cette association culturelle grenobloise vouée au 7ème art possède une très grande indépendance vis-à-vis de la ville dans la mesure où, à la différence d'un certain nombre de structures de statut associatif (parmi lesquelles on compte le Magasin), celle-ci ne compte aucun représentant au Conseil d'Administration de l'association. Elle peut toutefois être présente sur certains projets mais ceci de manière très ponctuelle. La signature d'une convention tripartite entre l'Etat, la ville et la Cinémathèque à travers laquelle l'association s'engage à se livrer à un travail d'inventaire dont les coûts sont à la charge des deux collectivités publiques, constitue un exemple de projet dans lequel la ville intervient. S'il est vrai que la Cinémathèque bénéficie chaque année d'une subvention de fonctionnement de la ville, le montant de celle-ci demeure néanmoins relativement modeste, puisqu'il ne s'élève qu'à 120 000 francs (soit environ 18 290 euros). Il faut noter que près de la moitié du financement de l'association provient du mécénat.
Les missions dont sont investies l'ensemble des cinémathèques sont de deux ordres : conserver et montrer. Cette seconde mission consiste à offrir au public une vision globale de l'Histoire mondiale du cinéma. Il s'agit donc pour Michel Warren, directeur de la structure, de présenter « les films que l'on ne voit pas ailleurs », ce qui l'amène tout naturellement à mettre l'accent sur la production cinématographique étrangère dans la mesure où les films français bénéficient déjà d'une relativement bonne diffusion en France, et sont ainsi accessibles au spectateur.
L'accueil et la valorisation de films étrangers et plus particulièrement ceux émanant de pays dont la création cinématographique est méconnue, s'avère être le principal critère guidant le choix de la programmation et s'inscrit, selon les mots du directeur, dans une démarche « plus que volontariste ». La rétrospective dédiée au Burkina Faso (mars-juillet 2002) puis les cycles programmés pour la rentrée 2002 consacrés au cinéma tchèque puis coréen illustrent parfaitement cette volonté.
Cette politique artistique engendre une surreprésentation des films étrangers, ces derniers constituant environ 80 % de la programmation de la Cinémathèque.
Par ailleurs, la Cinémathèque organise chaque année, au mois de juillet le Festival du court métrage en plein air dans lequel elle rend hommage à un réalisateur qui, se révèle, la plupart du temps, être encore un réalisateur étranger.
Si la Cinémathèque ne reçoit pas de subventions de la part du Ministère des Affaires Etrangères, elle bénéficie néanmoins, ponctuellement mais régulièrement, de son soutien. Ce soutien se traduit bien souvent par la prise en charge du transport d'une personnalité étrangère invitée. « Cet oeil bienveillant », expression qu'aime à employer Michel Warren, posé par ce Ministère sur la Cinémathèque vient consacrer l 'action internationale de la structure grenobloise.
La ville de Grenoble possède une forte tradition événementielle comme en témoigne l'abondance de manifestions organisées tout au long de l'année sur son territoire. Parmi ces divers événements on en relève deux qui intéressent directement notre propos puisqu'ils sont l'occasion de la venue à Grenoble d'un certain nombre d'artistes étrangers.
Si la première accorde une place particulière à ces artistes internationaux, la deuxième va plus loin, la présentation de la production artistique étrangère constituant la raison d'être même de la manifestation.
Ce festival de grande renommée se donne pour objectif, depuis 1973, de présenter un panorama complet de la musique jazz d'aujourd'hui. Pour ce faire, il reçoit chaque année les grandes figures de cette scène musicale et par conséquent ne peut se contenter d'une programmation nationale. Aussi, cet événement permet d'accueillir à Grenoble les étoiles du jazz international. L'accueil de personnalités étrangères ne représente donc pas une fin en soi, il ne s'agit pas de mettre en valeur le travail des jazzmen étrangers, mais se pose comme une évidence dès lors que l'objectif fixé est de présenter l'état de la scène jazz actuelle.
Le cas du Festival de Théâtre européen de Grenoble et Isère est encore différent puisque cette manifestation, à la différence du Grenoble Jazz Festival, se donne clairement pour objectif de « présenter au public la diversité des formes de travail théâtral en France et en Europe » 25 .
Depuis 1985, Grenoble accueille cet événement sur son territoire dont l'organisation incombait à l'origine à la compagnie Théâtre-Action devenue aujourd'hui Compagnie Renata Scant.
Ce festival a fait l'objet d'une étude dans l'ouvrage Les collectivités territoriales françaises et les cultures européennes 26 ce qui le range parmi les manifestations importantes oeuvrant en faveur de la constitution d'une « culture européenne ». Cette étude réalisée en 1994 nous apprend que de 1985 à 1992 ce festival a accueilli 90 troupes, 264 représentations, 87 527 spectateurs et 25 pays. Il est important de noter que, malgré la qualification de festival « européen », les pays représentés dans cette manifestation sont loin de n'être issus que de cette aire géographique ce dont atteste l'accueil réservé à un certain nombre de spectacles maghrébins, africains ou encore américains. Depuis 1992, la philosophie de l'événement est demeurée intacte et chaque année, pendant huit jours, une vingtaine de compagnies sont invitées, drainant plus de 30 000 spectateurs.
Aussi, la dernière édition de ce festival, qui s'est tenue en juillet 2002, a donné à voir des compagnies lituaniennes, roumaines, bulgares, italiennes, anglaises, espagnoles, suisses, ukrainiennes, et bien sûr françaises, mais également une compagnie du Vénézuéla et d'Argentine.
Si parmi les spectacles présentés dans le cadre de ce festival certains sont issus de coproductions, la plupart d'entre eux sont des créations impliquant un pays unique. Le festival se présente ainsi comme un simple cadre d'accueil et de diffusion de la création théâtrale d'un certain nombre de pays. C'est en cela que cette manifestation se distingue des « Rencontres Théâtre et Jeunesse pour l'Europe », qui, souvent, lui sont associées et qui s'inscrivent, quant à elles, dans une véritable démarche d'inter-culturalité. Ce second festival sera plus longuement évoqué dans notre prochaine sous-partie.
Il faut noter que la ville, soucieuse de faire de Grenoble une terre d'accueil des différentes cultures, encourage l'organisation de cet événement et le manifeste à travers une subvention annuelle proche des 90 000 euros.
Le nombre conséquent de partenaires associés à cette manifestation est révélateur de l'intérêt qu'elle suscite. Nous relèverons plus particulièrement la présence de l'Union européenne, du Ministère des Affaires Etrangères et de l'Office National de Diffusion Artistique (ONDA), partenariats qui intéressent particulièrement notre étude, puisque ces derniers octroient leur soutien uniquement à des projets à caractère international et répondant à des critères bien précis.
Cette volonté de promouvoir les échanges interculturels se traduit également par la mise en place de collaborations diverses. L'action de la bibliothèque décrite plus haut en est une parfaite illustration mais elle s'accompagne d'autres actions impliquant d'autres acteurs. Les échanges interculturels sont, en effet, loin de se nouer dans le seul cadre de la coopération décentralisée et de constituer un domaine réservé de la ville. En outre, si comme on l'a déjà constaté, l'impulsion est certes donnée par la ville, il est important de préciser qu'elle n'est, dans bien des cas, que la coordinatrice de projets dont la mise en oeuvre incombe aux organisateurs culturels implantés sur son territoire. On peut citer l'exemple de la collaboration avec le Fest'Paco nouée à l'échelon de la ville mais mis en place par la Cinémathèque et le Cinéma Méliès.
Il en va de même pour la collaboration dans le domaine de la lecture pour laquelle la ville et les bibliothèques municipales ont fait appel à l'association Culture et développement. Celle-ci, dont les actions sont exclusivement tournées vers l'Afrique noire, se donne en effet pour mission de favoriser le partenariat culturel entre des collectivités (ou des institutions) et des associations de France et d'Afrique. Elle se pose ainsi comme une structure de médiation et de soutien technique, véritable opérateur culturel dont le savoir-faire est grandement apprécié et utilisé par la ville de Grenoble. Cette association fut également partie prenante du programme Africa Défis mené dans le cadre de la convention AFAA/ville de Grenoble 2000-2002, grâce à laquelle certains projets ont pu être menés à bien.
On recense, par ailleurs, un grand nombre de structures et compagnies pour qui la mise en place de projets interculturels représente une préoccupation première. Ainsi, on peut citer la Compagnie de théâtre, composée de jeunes amateurs, « les Petits Poids » dont les projets s'enrichissent tous les deux ans d'échanges avec l'étranger (des échanges ont déjà été menés avec le Maroc, l'Allemagne, la Roumanie, la Chine et le Brésil). Une autre forme de métissage nous est proposée par l'association « Musiques Créatives du Sud », association créée en 1989 dont l'objectif est la diffusion d'artistes français d'origine étrangère et inversement d'artistes étrangers intéressés par la culture artistique française. Le « Théâtre le Rio », quant à lui, met en place des collaborations privilégiées avec certains pays du Sud.
Nous allons reprendre la typologie utilisée dans la sous-partie précédente et montrer que les notions d'inter-culturalité et de métissage intéressent au premier plan les acteurs culturels grenoblois et donnent lieu à de nombreux projets émanant tant des institutions que des organisateurs d'événementiels auxquels viennent s'ajouter un nouvel acteur, les associations de quartier.
En 1979, Jean-Claude Gallotta crée à Grenoble le Groupe Emile Dubois, compagnie de danse dont la vocation était de réunir non seulement des danseurs mais également des comédiens, des musiciens ainsi que des plasticiens. Aujourd'hui, le chorégraphe et sa compagnie ont élaboré un répertoire de vingt et une pièces chorégraphiques diffusées dans de nombreux pays. Le Groupe Emile Dubois obtient en 1984 le statut de Centre Chorégraphique National de Grenoble et se présente ainsi comme l'un des premiers CCN de France.
Jean-Claude Gallotta et le Centre Chorégraphique National de Grenoble ont insufflé une dynamique résolument interculturelle à leur action lorsqu'en 1997, ils se sont engagés au sein du SPAC (Shizuoka Performing Arts Center), centre culturel japonais réunissant une compagnie théâtrale, une compagnie de danse et deux théâtres.
Le contrat triennal qui lie les deux institutions de mars 1997 à mars 2000, a permis la mise en place d'une compagnie permanente de huit danseurs à Shizuoka. Jean-Claude Gallotta conduit le département de la danse, formant et dirigeant ainsi la compagnie SPAC Dance. La collaboration s'est ensuite organisée autour de trois axes établis par une convention de jumelage : formation, création, diffusion. Aussi le Centre Chorégraphique National de Grenoble a-t-il envoyé des professeurs à Shizuoka dans le but de dispenser des cours aux danseurs japonais.
Les différentes collaborations artistiques ont débouché sur la reprise de deux chorégraphies de Jean-Claude Gallotta par les danseurs de la compagnie SPAC Dance ('La Chamoule' et 'Ulysse').
La Cinémathèque de Grenoble, lorsqu'elle organise des cycles consacrés à un pays spécifique, a pour habitude de travailler en collaboration avec la (ou les) cinémathèque(s) implantée(s) dans ce pays. Il faut noter qu'aujourd'hui la quasi-totalité des pays en possèdent une.
L'hommage au cinéma burkinabé, par exemple, va donner lieu prochainement, dans une logique de réciprocité, à l'organisation à la cinémathèque de Ouagadougou d'un hommage au cinéma français. Aussi, le directeur ouagalais va-t-il établir une programmation puis demander à la Cinémathèque de Grenoble de lui faire parvenir la copie des films sélectionnés. Il faut toutefois préciser que ce principe de réciprocité n'est pas réellement appliqué dans la mesure où, si chaque année la Cinémathèque de Grenoble met en place au moins trois cycles autour de trois pays, la demande émanant d'une Cinémathèque étrangère d'organiser une manifestation de cette nature ne se produit que tous les trois ans environ. Du point de vue financier, ces opérations de coopérations ne se traduisent pas par un co-financement, la règle pratiquée étant la prise en charge des frais de transport par la Cinémathèque expéditrice.
D'autre part, toutes les coopérations ne s'inscrivent pas dans une démarche de réciprocité et peuvent prendre la forme de simples prêts. Ainsi, la Cinémathèque de Londres a apporté son précieux concours à son homologue grenobloise dans l'organisation de l'hommage consacré à Stanley Kubrick dans le cadre de l'édition 2002 du Festival du court-métrage. En effet, elle a prêté tous les courts-métrages inédits du réalisateur américain permettant ainsi à la Cinémathèque de Grenoble de les présenter pour la première fois au public français.
La Cinémathèque appartient donc non seulement à un réseau national composé des onze autres cinémathèques mais également à un réseau de dimension internationale au sein duquel se nouent de nombreux partenariats.
Les actions à vocation interculturelle peuvent également prendre la forme d'échanges entre étudiants, pratique dont l'Ecole supérieure d'Art ne détient pas l'exclusivité à Grenoble. En effet, le Magasin, outre sa fonction de monstration de la création artistique contemporaine, remplit également une fonction de formation à travers la présence d'une école ayant vocation à former de futurs commissaires d'exposition. Cette école entretient des partenariats et échanges avec de nombreuses institutions internationales à l'étranger, dont bon nombre d'établissements européens de formations équivalents (tels que le Royal College of Art et Goldsmith College de Londres, la Jan van Eyck Akademie de Maastricht, le Programme d'études supérieures et postgrades de l'Ecole Supérieure d'Arts Visuels de Genève). Il est intéressant de noter que le Magasin bénéficie du soutien de l'AFAA pour la mise en place de ces échanges, un tel partenariat venant consacrer l'action internationale de la structure.
Par ailleurs, une analyse de la composition des étudiants révèle qu'un certain nombre d'entre eux sont de nationalité étrangère tandis que le corps professoral est lui-même cosmopolite. Une telle composition participe d'une démarche volontaire qui, à travers un tel recrutement, cherche à confronter différentes manières d'appréhender l'art et la culture, manières qui diffèrent d'un pays à l'autre.
Présenté quelquefois comme un « véritable festival (du théâtre européen)-bis » 27 , les Rencontres présentent, depuis 1989, la caractéristique, comme nous l'avons évoqué plus haut, de ne se pas se cantonner à une fonction d'accueil et de valorisation de la production artistique étrangère mais bien de se poser comme un véritable lieu de métissage. Une telle ambition se traduit par la mise en place d'ateliers de théâtre et d'improvisation réunissant plusieurs centaines de jeunes âgés de quinze à vingt-cinq ans issus des pays les plus divers. Sont également créés dans le cadre de ces Rencontres un certain nombre de spectacles en coproduction où comédiens français et étrangers se retrouvent le temps d'une pièce.
Cette manifestation annuelle est l'oeuvre du Créarc (centre de création, de recherche et des cultures) qui mène par ailleurs toute une action en faveur du dialogue des cultures dont ces Rencontres constituent le point d'orgue.
Il est intéressant de noter ici que Fernand Garnier, directeur du Créarc, semble récuser la thèse selon laquelle il existerait à Grenoble une politique culturelle internationale, lorsqu'il pointe du doigt la faiblesse du soutien dont sa structure bénéficie, « la subvention de la ville de Grenoble est vraiment insuffisante », (celle-ci étant à l'époque de 140 000 à 150 000 francs) alors qu'il estime que « l'action du Créarc s'inscrit pleinement dans la politique de rayonnement international de la ville de Grenoble » 28 .
La deuxième manifestation qui nous paraît le mieux attester de l'attention portée à Grenoble à la notion d'inter-culturalité se révèle être le Festival des 38ème Rugissants.
Créée à Grenoble en 1989, l'association « 38ème Rugissants », gérée par Benoît Thiebergien, constitue un pôle international d'activités consacré aux différentes musiques. Chaque année, cette association organise le Festival 38ème Rugissants, qui revêt la forme d'une rencontre internationale dédiée aux Nouvelles Musiques. Par ailleurs, les '38ème ' organisent depuis quatre ans, les Musiques Nomades, cycle annuel de concerts consacré aux musiques traditionnelles et extra-européennes.
L'élargissement aux différentes cultures constitue une composante essentielle de cet événement ce que confirme une analyse des différentes programmations. La 14ème édition du festival qui se déroulera en 2002 ne déroge pas à la règle. En effet, est prévue l'organisation de « grandes soirées transculturelles » consistant à faire se confronter deux cultures dans une perspective de création commune (les pays conviés étant Taïwan, l'Afrique du Sud, le Burkina Faso, divers états du Moyen-orient ...). L'Inde, Le Maroc, l'Indonésie seront également à l'honneur de cette édition 2002.
La ville de Grenoble, parce qu'elle se veut la promotrice d'un métissage des cultures, considère le festival de Benoît Thiebergien comme l'incarnation de l'esprit dans lequel elle souhaite travailler. Cet intérêt tout particulier qu'elle lui porte se traduit par l'octroi d'une subvention de plus de 120 000 euros.
On l'a vu dans notre précédente partie, les associations jouent un rôle fondamental dans le domaine de l'interculturel à tel point qu'elles se posent comme des interlocuteurs privilégiés de la ville. Elles deviennent ainsi de véritables auxiliaires de sa politique culturelle internationale, auxquelles un certain nombre de missions sont déléguées. Dans les quelques lignes consacrées, au sein du document Grenoble, Ville culturelle, au thème des « ouvertures » de la politique culturelle grenobloise, la Direction des Affaires Culturelles met en exergue les potentialités que représentent le tissu associatif et l'importance de son rôle dans l'élaboration de sa politique d'ouverture : « Enracinée dans l'extraordinaire foisonnement associatif qu'elle soutient, la ville devient un lieu régulier d'accueil, d'échanges et de carrefour des cultures» 29 . On remarque à travers cette phrase que la thématique associative est intimement liée à celle de la valorisation, de l'échange et de la rencontre des cultures.
Le cas du programme de développement de la lecture est également très éclairant dans la mesure où les projets de coopération avec Ouagadougou mis en place par les bibliothèques municipales sont, en réalité, relayés par des associations.
D'autre part, il existe, en parallèle de la scène artistique culturelle, une kyrielle d'associations (on en recense une quarantaine) qui ne se posent pas comme des acteurs culturels en tant que tels mais qui oeuvrent véritablement pour la promotion et le dialogue des cultures. Il peut s'agir d'associations qui ont pour vocation le rapprochement entre la culture française, en tant que culture d'accueil, et celle d'une population immigrée. Les exemples abondent pour ce type d'association à l'instar de l'Association franco-polonaise culturelle, ou encore l'association « Rencontre des cultures françaises et iraniennes ». Parmi celles, déjà citées dans notre précédente partie, avec lesquelles la ville travaille régulièrement, l'association AMAL a attiré plus particulièrement notre attention car elle est implantée sur le territoire grenoblois depuis la première grande vague d'immigration maghrébine dans les années cinquante (sous des appellations qui se sont modifiées au cours du temps) et qu'elle mène un travail de fond depuis cinquante ans. Cette dernière, initialement à vocation généraliste et dont les actions sont aujourd'hui à caractère exclusivement culturel, se livre selon son responsable à un travail « non pas de promotion de la culture maghrébine mais de découverte mutuelle des deux cultures des deux rives de la Méditerranée ». Outre l'activité linguistique (avec l'enseignement du français et inversement l'enseignement de l'arabe), cette association qui compte parmi ses adhérents 60 % de français et 40% de maghrébins, organise régulièrement des expositions présentant les oeuvres de plasticiens ou photographes maghrébins résidant en France ou de français d'origine maghrébine.
D'autres associations souhaitent, quant à elles, promouvoir des échanges dans une dimension géographique plus vaste à l'instar de l'association « Echanges culturels Est/Ouest ».
Enfin, certaines d'entre elles, telles que la Maison de la culture portugaise, Mandela (pour la promotion de la culture africaine) ou encore l'Association culturelle turque, se livrent à un travail de promotion d'une culture en particulier. Il faut également relever la présence à Grenoble d'un Instituto Italiano di cultura qui, à travers une programmation pluridisciplinaire, permet au grenoblois de découvrir la production artistique de ce pays.
L'ensemble de ces entités contribuent ainsi à donner au paysage culturel grenoblois une forte coloration interculturelle.
Grenoble, comme un grand nombre de villes, a à coeur de donner à sa scène culturelle un rayonnement allant au-delà du seul territoire national. Certaines orientations sont ainsi impulsées par la ville. La reconnaissance internationale de Grenoble sur le plan culturel et artistique trouve une parfaite illustration dans le fait que cette ville ait été choisie, en 2000, pour accueillir le forum international des musées, organisé sous l'égide du Ministère des Affaires Etrangères. Ce forum avait pour finalité de faire découvrir la muséologie à une soixantaine de conservateurs en provenance de pays en voie de développement, et plus particulièrement de leur permettre d'acquérir les techniques qui concourent à la présentation et à la conservation des collections. Si ce rendez-vous s'est déroulé dans le chef-lieu isérois c'est que ce dernier présente la caractéristique de posséder une grande diversité d'équipements culturels sur un territoire restreint. Ce fait nous a semblé pertinent à relater parce qu'il est particulièrement révélateur du crédit dont jouissent les institutions grenobloises dont le savoir-faire bénéficie ici d'une reconnaissance internationale.
Aussi, allons-nous montrer dans un premier temps de quelle manière un certain nombre d'équipes grenobloises, cette fois encore sous l'impulsion d'un homme, mènent des actions qui leur permettent d'acquérir une visibilité sur la scène internationale, avant de focaliser notre attention sur le cas précis du CNAC-Le Magasin afin de définir objectivement de quelle manière se manifeste le rayonnement d'une des principales institutions de la scène culturelle grenobloise.
Avant cela, il nous paraît important de souligner qu'il existe une corrélation étroite entre le fait de proposer une programmation tournée vers l'international et la notoriété internationale d'un lieu. Pour cette raison, nous allons retrouver ici certaines des structures citées dans notre première sous-partie.
Le rayonnement d'une équipe artistique quelle que soit sa nature (compagnies, collectifs, orchestres) peut se manifester de différentes manières. Elle repose à la fois sur la notoriété de la personnalité qui la dirige et sur sa capacité à exporter sa production à l'étranger (soit au travers de tournées, soit de reprises de créations, spectacles ou expositions par un lieu de diffusion étranger).
Nous allons étudier deux cas qui nous semblent parfaitement illustrer notre propos et qui témoignent de l'implantation de telles équipes sur le territoire grenoblois.
Il serait inopportun d'aborder le rayonnement culturel de Grenoble sans évoquer le Centre Chorégraphique National de Grenoble. La notoriété de Jean-Claude Gallotta, figure de proue de la scène artistique grenobloise, dont les productions connaissent une large diffusion nationale et internationale, n'est plus à prouver. Celle-ci s'est vue encore renforcée depuis l'année 1997 avec le début de son aventure japonaise et la reprise de deux pièces par la compagnie SPAC.
Un regard sur la composition de la compagnie est également très éclairante. Sur les huit danseurs permanents qui la constituent, quatre sont de nationalité étrangère. Quant au répétiteur, l'américain Darrell Davis, il fut près de dix ans membre de la Compagnie Dance Theatre of Harlem (New York) et fait preuve d'une très grande expérience internationale. Une telle présence étrangère au sein même de la compagnie témoigne du rayonnement et de l'attraction qu'elle exerce à l'échelle internationale.
« Les Musiciens du Louvre » constituent l'incarnation même d'une structure culturelle implantée sur le territoire grenoblois bénéficiant d'une grande renommée internationale. Là encore, nous sommes en présence d'une association dans laquelle la ville intervient à travers sa présence au Conseil d'Administration ainsi qu'à travers l'octroi d'une subvention annuelle dont le montant représente 11 % des subventions globales perçues.
Un rapide regard sur la biographie de Marc Minkowski suffit pour réaliser que l'expérience et la réputation internationale de l'ancien bassoniste est indéniable. L'ensemble « Les Musiciens du Louvre » qu'il fonde en 1982 bénéficie déjà d'un grand rayonnement lorsque, en 1996, il s'implante à Grenoble. Il est, en effet, considéré depuis un certain nombre d'années déjà comme l'une des principales formations européennes jouant sur instruments anciens.
Viennent en témoigner le grand nombre de spectacles présentés chaque année à l'étranger. Une étude de la programmation nous renseigne sur cette forte présence sur la scène internationale : en 2000, l'orchestre a présenté 89 concerts dont 29 à l'étranger, quant à la saison 2001-2002, on recense également de nombreuses tournées aux destinations les plus diverses avec notamment une vaste tournée en Europe de l'Est.
La présence de l'orchestre dans tous les grands festivals internationaux, et notamment au Festival de Salzbourg avec lequel a été noué un étroit partenariat, est un dernier élément venant confirmer l'implantation internationale de cette grande formation.
Il est important d'ouvrir ici une parenthèse afin de préciser que cette pratique de la tournée ne concerne pas les seules grandes institutions et qu'il existe à Grenoble un certain nombre de compagnies dont les spectacles sont présentés à l'étranger, à l'instar de la Compagnie les Voisins du Dessous, la Compagnie Danse Image Théâtre ou encore le Théâtre de la Découpe. S'il serait impropre d'employer l'expression de « rayonnement international » pour ce type de structure, il n'en demeure pas moins que ces compagnies se livrent, à leur échelle, à une véritable entreprise d'exportation de leurs productions.
Comme ceci a été indiqué dans notre première partie, un certain nombre de paramètres permettent de juger du rayonnement d'une structure culturelle de diffusion et de la visibilité qu'elle a pu acquérir sur la scène internationale. Nous allons reprendre ces critères en les confrontant à la réalité et, pour ce faire, nous allons focaliser notre attention sur le centre d'art le Magasin et nous livrer ainsi à une étude de cas.
Selon un responsable du centre d'art « les élus ont compris que le Magasin est un outil de visibilité pour Grenoble en terme d'international plus que d'autres structures». Il cite à titre d'exemple le Musée dont la renommée nationale n'est plus à faire, « il est l'un des plus beaux musées de France », mais dont le rayonnement international est discuté par certains.
Le Magasin, en tant que plus grand CNAC en France, a en effet pour vocation de s'inscrire au coeur d'un réseau, d'ampleur au moins européenne, composé d'un ensemble d'institutions avec lesquelles il est en constante collaboration. Cette aptitude à nouer des partenariats avec des entités étrangères, constitue le premier indice d'une réelle implantation de cette structure sur la scène internationale.
Un premier type de partenariat est celui qui lie le Magasin à un certain nombre de galeries internationales, actrices essentielles du monde de l'art contemporain, parmi lesquelles on trouve principalement des galeries suisses et new-yorkaises. Viennent s'ajouter les très nombreuses collaborations avec des musées étrangers qui, bien souvent, se traduisent par des reprises d'expositions.
Le Magasin compte ainsi à son actif un nombre important d'expositions qu'il a lui-même réalisé et présenté en ses murs et qui, par la suite, ont été reprises par une institution étrangère. Ainsi en 1998, il proposa au public grenoblois une exposition collective d'artistes français reprise ensuite par une institution lituanienne. L'exposition consacrée à Mike Kelley en 2000 fut, quant à elle, présentée à Zurich tandis qu'en 2002, la rétrospective autour de l'oeuvre de Xavier Veilhan trouva en le Barbican Art de Londres une nouvelle terre d'accueil. Il est intéressant de noter que cette dernière a bénéficié du soutien de l'AFAA élevant ainsi le Magasin au rang de vecteur de rayonnement de l'art contemporain français à l'étranger. Tous ces exemples sont autant de preuves de la capacité du centre d'art grenoblois à exporter ce qu'il produit.
A l'inverse, le Magasin procède souvent la diffusion en ses murs d'expositions créées et produites par des institutions étrangères de renom. Ainsi l'exposition consacrée à l'artiste P. Thomas à laquelle ont pu se rendre les grenoblois en 2000 avait été originellement réalisée par le célèbre MACBA de Barcelone.
D'autre part, plusieurs enquêtes relatives à la fréquentation du Magasin ont été menées et toutes révèlent une forte présence étrangère. Une analyse des retombées médiatiques est tout aussi probante puisque l'on recense un nombre important de références à la structure grenobloise dans des journaux et périodiques de nationalités diverses. Ces références peuvent prendre la forme de simples mentions mais également d'articles de fond. On peut, à titre d'exemple, mentionner Art Forum (New-York), Frame (Vienne), Art Monthly (Londres), Parachute (Montréal), Text zur Kunst (Berlin) ou encore Flash Art (Milan ), et cette liste est loin d'être exhaustive.
Le Magasin se pose en outre comme un lieu d'expertise (des demandes d'expertise sont régulièrement adressées au Centre) prenant ainsi des allures de modèle à suivre. Plusieurs délégations étrangères de professionnels de la culture ont en effet fait le voyage jusqu'à Grenoble afin de recueillir des informations sur le projet et le fonctionnement de la structure.
Enfin, le Magasin est un lieu de stage convoité par beaucoup et on enregistre un grand nombre de requêtes de cette nature émanant d'étudiants étrangers.
Cette analyse, parce qu'elle repose sur des éléments tangibles et précis, nous permet d'affirmer en toute objectivité que le Magasin est véritablement un lieu reconnu sur le plan international et qu'il contribue ainsi très fortement au rayonnement de la ville.
Avant de conclure cette étude, quelques remarques doivent être formulées au sujet du Cargo, Maison de la Culture et Scène Nationale Il paraîtrait, en effet, inconcevable de consacrer une étude à Grenoble et à sa scène culturelle et artistique sans évoquer cette structure. Cependant, la situation particulière dans laquelle cette structure se trouve, en requalification depuis plusieurs années, nous a empêché de mener une étude pertinente. En effet, le projet artistique et culturel est actuellement en cours d'élaboration mais il est à noter que la volonté de mettre l'accent sur l'international a été à clairement énoncée. En 2000, les collectivités publiques ont, en effet, annoncé un certain nombre d'orientations qui, toutes, sont motivées par une « volonté de repositionner l'établissement comme une scène internationale de référence, ancrée dans son environnement, ouverte à la diversité des cultures,... » 30 . Mais les secousses qui agitent régulièrement l'association, avec la démission successive de plusieurs directeurs, laisse planer un doute sur l'avenir de la Maison de la Culture grenobloise.
Grenoble a par le passé apporter la preuve de ses grandes compétences dans le champ culturel et artistique et a su se poser comme une ville-référent dans ce domaine. Les années ont passé et de nouveaux enjeux ont émergé qui sont autant de défis à relever pour une politique culturelle en général et pour celle de Grenoble en particulier. L'une des évolutions majeures de ces dernières décennies réside dans l'avènement d'un monde où les notions de nations et de frontières perdent peu à peu de leur pertinence. Ce contexte nouveau fait qu'il est aujourd'hui difficilement concevable de penser la culture en seuls termes locaux, ni même nationaux. L'Etat, bien sûr, mais également les collectivités locales doivent prendre en considération ce nouvel élément et élaborer des politiques culturelles en conséquence. Ainsi s'impose peu à peu l'idée qu'une politique culturelle ne peut plus être fermée sur elle-même et qu'elle doit, au contraire, oeuvrer aujourd'hui dans le sens d'une confrontation des esthétiques.
La ville de Grenoble semble l'avoir bien compris et a décidé d'investir les moyens tant humains que financiers nécessaires à une véritable ouverture à l'international de sa politique culturelle. Cet investissement semble avoir porté ses fruits puisque l'on peut aujourd'hui parler d'une internationalisation de la scène culturelle et artistique grenobloise que ce soit en terme d'accueil du métissage ou encore en terme de rayonnement.
Mais, Grenoble ne doit pas uniquement ce succès à sa municipalité mais bien à l'ensemble des acteurs culturels que recèle son territoire, acteurs pour qui cette prise en compte de la dimension internationale devient de plus en plus une priorité.
Il faut toutefois se garder de penser que la politique menée par les uns et les autres est un succès total et que Grenoble est une ville dont la politique culturelle internationale est reconnue par tous. En effet, malgré les efforts fournis par ses différents acteurs, le chef-lieu de l'Isère continue a être perçu comme étant une ville de taille moyenne et pour cette raison voit sa politique internationale quelquefois peu considérée par ces partenaires.
Aussi, Grenoble n'est jamais parvenue à prendre part aux grands projets menés par la région Rhône-Alpes à l'échelon international. Le partenariat avec l'Etat n'a pas été plus concluant. Une amorce de collaboration avait pourtant été engagée avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles Rhône-Alpes dans le cadre de la déconcentration de la mission Relations Internationales sur les DRAC. Il était prévu que la DRAC accompagne certains projets internationaux menés sur le territoire grenoblois mais ce partenariat n'a jamais abouti.
Avant de conclure définitivement cette étude, il convient juste de préciser que cette étude s'est donnée pour seule ambition de livrer une vision globale de la scène culturelle grenobloise dans ses rapports avec l'international. Aussi, elle ne constitue en aucun cas un audit et il est certain que quelques points auraient mérités d'être davantage approfondis.